«Bonjour, Julie» : le matin qui a tout changéCe jour-là, elle découvrit, au coin de la boulangerie, une lettre mystérieuse qui révéla le secret de son passé.

Ce matin, son mari lappelle Béatrice dès le réveil. Il se colle à elle, lenlace et susurre à son oreille :

Bonjour, Béa.

Il se rendort aussitôt, le souffle doux.
Béatrice ouvre les yeux, reste immobile, craignant de bouger. Un frisson glacé parcourt son corps, la peur la fige. Que sestil passé ? Tout allait bien, ou pas ?

Son mari, JeanPierre, sétire, bâille et lance :

Béa, tu es si froide que je nai même plus sommeil. Tout va bien ? Il fait chaud dehors, mais tu frissons sous la couette. Je prépare le thé.

JeanPierre, comme dhabitude, se dirige vers la cuisine en fredonnant un air entraînant.
Béatrice reste allongée un moment, puis se lève lentement, traîne les pieds comme du plomb, la tête remplie dun bourdonnement blanc. Elle se dit quun thé serait peutêtre utile.

JeanPierre demande des crêpes. Béatrice le fixe, sombre :

Ce matin, tu mas appelée Béa.
Quoi, ma chérie ?
JeanPierre, ne fais pas lidiot. Ce matin, tu mas appelée Béa.
Tu as dû rêver, ma douce. Béa, Béa cest le sommeil qui ta trompée. Tu es si froide et maussade ? Ah, les femmes elles soffensent tout seules. Je vais au travail le ventre vide.

Béatrice erre encore dans la maison, essaie de se ressaisir, arrose les fleurs, fait des crêpes, shabille rapidement et part à lagence de son mari. Elle se dit que lon a bien entendu, « Béa, Béa », vraiment.

Dans le cabinet de JeanPierre, une nouvelle secrétaire apparaît. Une jeune femme flamboyante, cheveux roux bouclés, poitrine généreuse.

Monsieur Dupont est occupé aujourdhui, il ne reçoit pas. Je peux vous proposer un rendezvous la semaine prochaine.
Mieux vaut prendre rendezvous directement avec lui, vous en aurez plus besoin, sécrie soudainement Béatrice.
Pardon ? la secrétaire élargit encore ses yeux déjà grands. Madame, qui êtesvous ?
Gormichko, Béatrice Martin, lépouse de JeanPierre Dupuis. Écartezvous, on sencombre de tous ces pigeons de la rue.

Le hautparleur grince dune voix joyeuse :

Béa, apportemoi un café, Béa ?

Béatrice ricane.

Daccord, je le fais. Je lapporte.

Béa ? lance JeanPierre en voyant sa femme entrer avec un plateau. Quelque chose ne va pas ?
Voilà ton café, et jai aussi des crêpes. Tu recevras ta convocation de divorce par courrier. Bon appétit.
Béatrice, bordel, questce qui se passe ? semporte le mari. Depuis ce matin, tu ressembles à une sorcière sur son balai.
La sorcière est dans ton cabinet. Pourquoi ses cheveux ne sontils pas attachés ? Un dentiste respectable et une secrétaire vulgaire, cest bon marché, Dupont.
Béatrice, arrête. Jen peux plus de tes crises. Je vais passer une semaine à la campagne. Jattendrai que tu te calmes. Appellemoi quand tu seras apaisée.
Trop tard, JeanPierre. Je ne supporte plus linfidélité. Dismoi pourquoi, même pour le futur.
JeanPierre soupire, boit son café et grimace.

Varvara a démissionné. Jai recruté Béa sur sa recommandation.
Il y a longtemps ?
Il y a un mois, répondil à contrecoeur.
Pourquoi ne men astu jamais parlé ? Tu partageais toujours tes nouvelles.
Je ne pensais pas que Béa resterait. Elle sen sort très bien.
Jen doute.
Au travail ! senflamme Dupont. Elle gère très bien le travail !
Et pas seulement.
Cest arrivé par accident ! Je ne voulais pas !
Tu ne voulais pas, mais tu as trompé. Je fais mes valises aujourdhui et je pars.
Où ? panique JeanPierre. Jai dit que je resterais au gîte une semaine, calmetoi. Béa, je ne veux pas divorcer !
Il faut, sinon jentendrai plus jamais mon nom sortir de ta bouche. Béa, ton assistante rousse hantera toujours mes pensées. Ne ruine pas mon psychisme, mon travail est déjà stressant, je travaille avec les enfants.
Où vastu ? Reste dans lappartement.
Pourquoi la maison ? Jai mon propre chalet.
Dans ce coin reculé ? Une vieille maison en bois ?
Cest ma maison, point final.

La maison, héritée des parents, sent le renfermé et rappelle les souvenirs. Béatrice veut pleurer, la nostalgie lenvahit. Sa copine Maëlle, assise à côté, se plaint :

Tu ne peux pas rester ici, Béa, ne fais pas lidiote. Rentre à lappartement, vends la maison, prends un crédit. Qui sait
Pas besoin de rêver, je ne pourrai pas. Tu le ferais à ma place ?
Je ne sais pas comment je réagirais à ta place.

Béatrice ouvre toutes les fenêtres. Elle décrit la maison comme un bon investissement, à quinze minutes en voiture du centre de Lyon, le quartier sest développé, les réseaux sont déjà installés. Elle ny a jamais mis les pieds depuis cinq ans.

Maëlle réplique :

Ça aurait été un travail colossal ! Tu peux y rester temporairement, quoi ?
Où, dans le débarras ?
Sasha est partie à la campagne chez ma mère, tu peux occuper sa chambre jusquà lautomne.
La chambre dun ado est sacrée, tu ferais quoi, être la nounou ?
Laissemoi, sécrie Maëlle, enlevant la main.
Tu sens ça ? demande Béatrice, surprenante Lherbe, la campagne, lenfance.
Oui, lherbe pousse, il faut la tondre. Béa, tu ny arriveras pas.
Je men charge. Je peux appeler une équipe pour retourner la terre. Jai des économies. Pendant cinq ans, quand JeanPierre a ouvert sa clinique privée, je vivais grâce à son argent. Il me traitait comme une source de loisirs, me disant dépargner pour les loisirs.
Un bon mari, soupire Maëlle. Je pensais pareil. Mais cest lourd.
Tu comprends, non ? Vingt ans ensemble, ça ne fait pas mal ?
Pas du tout, répond Maëlle.
Tu mignores, Maëlle, je ne veux plus.
Tu es dure, je pensais que tu pleurerais.
Tu ne pleureras jamais.
Cest le stress qui me ronge.
Peutêtre. Bon, tu voulais maider ? Prends le seau, on va puiser de leau, nettoyer le sol, les fenêtres, dépoussiérer.
Tu devrais vivre à lhôtel, puis Non, tu vas vraiment toccuper de cette maison ?
Pourquoi pas ? Cest la maison de mes parents, je ne veux pas la raser ni la vendre.
Engager des architectes, des artisans, mettre tout en ordre, cest votre appartement commun.
Je ne veux plus y rester.
Tu ne le partageuras pas, nestce pas ?
JeanPierre laissera la maison à notre fille Polina, il a une petite maison de campagne. Elle décidera. Cest son appartement, je nen ai pas besoin.
Il a acheté un manoir de luxe, il aurait pu nous le laisser. Il y a toilettes, eau, tout.
Alors tout sera pareil ici, arrête de te plaindre, ton soutien est où sont les colonnes ?
Je naime pas les puits. Jaimerais me promener, explorer les environs.

Les colonnes disparues la laissent devant une nouvelle bâtisse derrière un haut mur.

Pas étonnée, ricane Maëlle. Tant dannées ont passé, vos maisons se rapprochent, elles voudront sétendre.
Pourquoi tu dis ça ?
Va voir la maison. Leur mur entoure trois côtés, ton côté na que des piquets. Ils cherchaient le propriétaire et tont trouvé.
Peutêtre nontils pas fini le mur.
Eh bien, regarde, une voiture arrive. Les propriétaires ne sont pas là.
Tu nas que des contes à raconter, Maëlle.
La vie dépasse parfois les contes. Regarde ce type, il a lair inoffensif.
Maëlle, taistoi. Je suis en plein divorce, pas de temps pour les hommes.
Pourquoi donc restestu là, comme collée ?
Je demanderai ce monsieur où est la colonne, jai besoin deau.
Daccord.
Béatrice ne comprend pas pourquoi son amie voit cet homme comme « rien du tout ». Lhomme, peu accueillant, ne répond même pas du regard. Il se tient à côté de sa voiture, les mains dans les poches, silencieux. Maëlle reste muette.

Lhomme tousse finalement.

Que voulezvous ? demandeil.
Du bois à couper, répond Béatrice.
Lhomme se balance dun pied à lautre.

Vous êtes la propriétaire de cette maison ? demandetil.
Exactement. Il y avait une colonne avant, jai besoin deau.
Désolé, il ny a plus de colonnes. Vous pouvez puiser dans mon puits.
Il ny en a aucun dautre ?
Non, plus depuis longtemps.
Daccord, jirai au mien.
Pourquoi pas aller directement au vôtre ?
Je naime pas les puits, cest clair.
Vous avez de leau potable ? chuchote Maëlle.
Bien sûr, je lai prise. Retourne chez toi, ne ténerve plus.

Le matin suivant, Béatrice est réveillée par le cri strident dun cochon. Aucun parfum de pâtisseries ne flotte dans la maison. Les larmes reviennent. « Pourquoi suisje venue ici ? Cest le stress, sûrement. »

Un autre cri retentit, doù vient le cochon ? Des pas se font entendre à lextérieur, la pelouse bruît.

Hé, qui est là ? Jappelle la police !
Pas de panique, cest le voisin. Il veut récupérer son cochon, Hector.

Béatrice, en pyjama, sort sur le perron.

Hector ? Questce que vous me racontez ?
Hector ! crie lhomme, senfonçant dans le jardin envahi.

Lherbe se soulève, un grognement porcin apparaît, suivi dun petit cochon noir qui sort des buissons.

Hector, ne crains rien, sors, on rentre, ma petite.

Le porc, timide, tourne autour de Béatrice. Elle nen a jamais vu de tel.

Une race ?
Honnêtement, je ne connais rien aux porcs.
Pourquoi ce cochon ?
Ce nest pas le mien. Il sest installé dans mon hangar. Jai parcouru le village, personne ne cherche de porcs. Je lai adopté, cest mon ami. On aurait pu le sacrifier, il a fui, je le ramène.

Doù venezvous avec cette mentalité ?
De quoi ? soffusque lhomme. Ici, la nature, lair frais, la tranquillité, la ville proche. Vous nêtes pas non plus de la campagne, nestce pas ?

Comment le savezvous ?
Premièrement, je ne vous ai jamais vue ici, deuxièmement, votre jardin est envahi, et troisièmement, vous êtes jolie.

Monsieur, senflamme Béatrice, passons au calme. Jai un divorce dans une semaine, je suis stressée, je peux même devenir violente. Jai grandi ici, on avait tous des porcs. Cessez de fixer mes mains, je pourrais abattre un chêne dune hache.

Hector, partons, cest dangereux ici. Ne soyez pas folle, je nai même pas eu le temps dinstaller la clôture, votre pelouse plaît à Hector.

Je ne blesse ni les enfants ni les animaux. Au revoir.

Le lendemain, le gémissement dun chien la réveille. Les porcs, les voisins, les chiens elle était venue pour être seule, réfléchir. La journée passée na rien produit ; elle a flâné, fait quelques courses, na même pas fait creuser le terrain.

Sous la fenêtre, un petit chiot aboie.

Le voisin met du temps à ouvrir le portail ; finalement, la serrure grince et un habitant en pyjama, presque comme Béatrice, apparaît, avec Hector qui tourne autour.

Cest votre chiot ? demande Béatrice, impatiente.
Pourquoi le demandezvous ?
Vous navez pas de clôture, les porcs viennent, peutêtre les chiens aussi.
Vous ne voulez pas garder un chiot ? Une maison privée a besoin dun chien. Jallais aller au refuge cette semaine.
Je nai jamais eu de chien. Et vous avez réglé le problème du cochon.
Alors je le considère comme un cadeau du voisin. Merci. Vous devez lui donner un nom.
Armand, ça sonne bien.
Pas Armand, je mappelle Armand. Ce nest pas correct de nommer son chien à son propre nom.
Alors appelezle Jules. Vous avez déjà Hector.
Jules et Hector ? Parfait ! Merci encore. Et vous, comment vous appelezvous ?
Béatrice.
Beau prénom.
Je dois y aller, répondelle, incertaine, restant sur le pas.

Elle ne veut plus partir. Le cochon, le chiot, ses souvenirs létouffent.

Vous partirez quand? lance le voisin. Prenons soin du chiot. Je vous apprendrai à le dresser ; vous aurez votre propre chien pour garder la maison.

Maëlle ne dirait jamais de mensonges. Elle avait prévenu Béatrice de ne pas épouser un homme nommé Gormichko, « la peine saccumule » comme on le dit. Le nom Gormichko amuse Béatrice, qui se retrouve maintenant dans une maison sans eau, avec des toilettes à lextérieur. Elle gratte son genou, désire un douche.

Questce que cest, une soirée pyjama ? entendelle soudain la voix de JeanPierre.

Voici, souffle Béatrice. JeanPierre, voici Armand. Armand, voici JeanPierre. Mon mari futur exmari. Pourquoi êtesvous ici ? Et comment mavezvous trouvée ?
Questce que je cherche? Ta porte est grande ouverte, la maison te parle. Tu nas pas changé davis sur le divorce ? Mais je vois que non. Et les scènes que tu jouais, cétait toi aussi, nestce pas ? Depuis quand?
Depuis longtemps, répond soudain Armand, sérieux. Béatrice na pas voulu te contrarier. Mais comme tout est arrivé, quelle date pour le divorce? Le jour même, on se mariera, daccord?

Béatrice ricane, garde le silence.

Daccord, dit JeanPierre. Ma fille est passée me voir, pensait que la maison était vide. Elle est venue avec son copain. Parle à ta fille, elle doit tappeler. Et toi, tu te pavanes.

JeanPierre sort, frappe la porte. Béatrice regarde le voisin, intriguée.

Et pourquoi donc?
Votre maison est vieille, pas deau, pas de gaz, toilettes à lextérieur, vous courrez toujours chez moi, vous amenez les animaux de rue. Donc, déménagez chez moi. Je ne peux pas vous débarrasser. Je ne suis pas contre. Ma femme et moi sommes déjà séparés, je mennuie. Je ne veux pas dhistoires; les enfants, nous en avons deux. Vous avez déjà une fille, alorsFinalement, Béatrice décida de rester, de reconstruire la vieille maison avec laide de ses voisins et de bâtir une nouvelle vie loin des mensonges et des trahisons.

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News 24 Justall
«Bonjour, Julie» : le matin qui a tout changéCe jour-là, elle découvrit, au coin de la boulangerie, une lettre mystérieuse qui révéla le secret de son passé.