Rencontre non fortuiteIl réalisa alors que cette rencontre n’avait rien d’un hasard, mais était l’aboutissement de toutes les routes qu’il avait choisies avant elle.

— Marine… — Sébastien regarda sa femme et poussa un lourd soupir. — Désolé, mais cette année, les vacances à la mer sont annulées.

— Annulées ? Pourquoi ? On avait tout planifié. Même réservé la chambre d’hôtel.

— Le boulot est un vrai chantier. Personne ne me laissera partir.

Quand son mari, trois jours avant le départ prévu, lui annonça qu’il ne pourrait pas l’accompagner à cause d’un projet urgent, Marine fut d’abord déçue.

Ils avaient tant préparé ces vacances.

Ils avaient même calé leurs congés pour passer au moins deux semaines ensemble.

— Sébastien, tu ne peux pas parler à ton chef, lui expliquer la situation ? — demanda Marine, l’espoir dans la voix.

— Non. Personne n’obtient de congés en ce moment, et on ne fera pas d’exception pour moi. Je pourrais démissionner, mais tu sais bien que ce n’est pas une solution. Où est-ce que je retrouverai un poste aussi bien payé ?

Marine soupira. Le travail de Sébastien était effectivement excellent.

C’est grâce à lui qu’ils avaient pu quitter leur deux-pièces pour une vraie maison. Pas très grande, mais c’était une maison.

Alors démissionner aurait été stupide. Mais Marine ne comptait pas renoncer à la mer. Elle en rêvait depuis quatre ans.

Elle réfléchit un moment, puis décida : si Sébastien ne pouvait pas venir, elle irait avec Étienne toute seule.

Bien sûr, ils devaient y aller en voiture, mais le bus ferait l’affaire.

Oui, le trajet serait plus long, il faudrait sacrifier un peu de confort, mais ensuite, elle et Étienne vivraient des émotions inoubliables — deux semaines de soleil, d’eau chaude et de longues promenades sur la promenade. Sans oublier les limonades, les glaces et tous les petits plaisirs de la vie.

— Marine, honnêtement, cette idée ne me plaît pas du tout, — fronça les sourcils Sébastien quand sa femme lui partagea ses plans. — Comment vas-tu faire seule avec un petit enfant ?

— Étienne a presque quatre ans. Ce n’est plus un bébé, — rétorqua Marine. — Et j’ai vraiment envie d’aller à la mer.

— On pourrait y aller tous ensemble un peu plus tard ? Fin août, par exemple. L’eau sera encore chaude.

— Sébastien, mon chéri… fin août, je n’aurai plus de congés. D’abord. Ensuite, à cette époque, il y a souvent beaucoup de méduses, on ne pourra pas se baigner correctement. Il faut y aller maintenant.

— Je vais stresser et m’inquiéter pour vous. Ces pensées vont me distraire du travail.

— Je t’appellerai tous les jours pour que tu ne t’inquiètes pas, — sourit-elle.

— Mais…

— Sébastien, s’il te plaît, ne nous disputons pas pour une broutille. Je ne suis plus une petite fille, je saurai régler mes problèmes si besoin. Je ne t’appellerai pas en pleurant pour que tu viennes me chercher — alors tu peux bosser tranquillement. Étienne et moi, on se reposera sereinement.

Sébastien n’était pas convaincu. Mais Marine avait pris sa décision. Et quand une femme a décidé, c’est ainsi.

*****

Les premiers jours des vacances tant attendues se déroulèrent presque comme Marine l’avait imaginé.

Chaque matin, Étienne courait avec délice sur le sable, construisait des châteaux, essayait d’attraper les mouettes et suppliait sans cesse de pouvoir entrer dans l’eau « encore une petite minute ». Le soir, en se promenant en ville, ils buvaient des limonades et mangeaient des glaces. Bref, ils s’amusaient.

Mais le soir du troisième jour, Étienne se calma un peu.

Marine n’y prêta pas vraiment attention — elle mit cela sur le compte de la fatigue.

Elle-même était fatiguée ce jour-là. Aussi se couchèrent-ils presque deux heures plus tôt que d’habitude. Au milieu de la nuit, Étienne appela sa mère en pleurnichant.

Marine bondit du lit et regarda son fils, ne comprenant pas ce qui se passait.

— Qu’est-ce qu’il y a, mon petit ?

— Maman, je ne me sens pas bien, — haleta-t-il en montrant sa gorge.

Marine posa la main sur son front, effrayée — il était très chaud.

Le thermomètre afficha presque 40°C.

Une demi-heure plus tard, une ambulance se gara devant l’hôtel.

— Cela ressemble à une angine, — dit le jeune médecin après avoir examiné l’enfant. — Mieux vaut ne pas prendre de risques. On va à l’hôpital pour enfants.

Marine hocha silencieusement la tête.

Que les vacances étaient finies, elle le comprit sur la route, quand le médecin lui annonça qu’il faudrait peut-être une semaine, voire plus en cas de complications.

Quand Marine descendit de l’ambulance avec Étienne endormi dans les bras, elle suivit le médecin vers l’entrée des urgences et soudain…

…elle s’arrêta net.

Devant l’entrée, un énorme chien hirsute était couché. Il ne bougea même pas quand le jeune médecin passa d’un pas décidé.

Il ouvrit juste un œil et le regarda calmement.

Il devait l’avoir vu souvent.

— C’est quoi, ça ?… — murmura Marine involontairement.

Ce chien, couché devant un hôpital pour enfants, lui parut totalement incongru.

« Et s’il attaque quelqu’un ? Il y a des enfants partout… » pensa-t-elle, inquiète.

— Madame, vous restez là ? — l’interpella le médecin en entrouvrant la porte. — Venez, on va vous enregistrer.

— Mais… — Marine montra le chien d’un geste craintif. — C’est normal qu’il soit là ?

— Ne vous inquiétez pas, — sourit le médecin. — Il est très gentil. Il adore les enfants. Venez.

Marine serra son fils plus fort et contourna le chien par un large détour.

Lui ne broncha pas. Il la suivit seulement du regard, paresseux, puis reposa sa tête sur ses pattes.

— Vraiment… — marmonna Marine en se retournant. — C’est un hôpital ou un refuge pour animaux ? Que fait le personnel ?

En réalité, personne ne semblait prêter attention au chien.

Marine le comprit dès le lendemain. Les infirmières passaient devant lui comme si de rien n’était, et une femme de ménage avec un seau lui sourit même. Elle le salua.

— Bonjour, César. Comment s’est passée ta garde de nuit ?

Le chien remua paresseusement la queue. Comme s’il avait compris chaque mot.

Marine regarda la femme, étonnée, mais ne dit rien. Car à ce moment-là, elle avait bien d’autres soucis.

Les analyses, l’entretien avec le médecin traitant, les médicaments, et peut-être des nuits blanches auprès de son fils.

Pendant la nuit, son état ne s’était pas amélioré.

Alors Marine oublia presque ce chien étrange. Mais, comme il se révéla, pas pour longtemps.

Les deux premiers jours furent vraiment difficiles. Prendre la température. Convaincre Étienne de prendre son médicament. Attendre le médecin. Nourrir son fils s’il avait un peu d’appétit. Puis à nouveau le thermomètre, à nouveau les cachets.

Le soir, le garçon reprenait vie un court instant, mais la nuit, la fièvre revenait.

Ce n’est que le troisième jour que la température baissa enfin. Pour la première fois, Étienne demanda non pas des dessins animés sur la tablette, mais la petite voiture qu’ils avaient apportée, et il montra la fenêtre.

Marine souffla de soulagement. Maintenant, elle pourrait au moins sortir avec son fils dans la cour de l’hôpital pour prendre l’air, car…

…les odeurs hospitalières ne l’attiraient pas du tout.

Dans la cour, des érables et des tilleuls offraient de l’ombre, avec des bancs confortables en dessous.

Des mères se promenaient avec leurs enfants, des infirmières allaient et venaient entre les bâtiments.

Et c’est là que Marine revit le chien hirsute.

Elle essaya de se rappeler son nom.

« César, je crois. Oui, c’est ça, César. »

Le chien avançait lentement sur le chemin, boitant visiblement sur une patte. Au début, Marine ne comprit pas qu’il n’avait que trois pattes.

La quatrième était beaucoup plus courte et ne touchait pas le sol.

« Mon Dieu, quelle horreur… » pensa Marine en continuant à l’observer.

Elle eut même un peu honte de son aversion de l’autre nuit.

— Maman, regarde ! Un chien ! — s’écria Étienne joyeusement.

Marine prit instinctivement la main de son fils.

— Ne t’approche pas trop. Il ne faut pas.

Honnêtement, Marine craignit que le chien n’entende Étienne et n’accoure pour faire connaissance, comme le font d’habitude les chiens qu’on appelle, mais il ne tourna même pas la tête.

Au lieu de cela, César avança encore un peu, s’arrêta près du portail et, soudain animé, remua la queue.

Deux femmes chargées de lourds sacs entrèrent dans l’enceinte de l’hôpital.

— Bonjour, mon petit César ! — dit l’une d’elles avec douceur en caressant la tête du chien.

Le chien jappa doucement et, sautillant drôlement sur trois pattes, marcha à côté d’elles.

Il les accompagna jusqu’à la porte de la cuisine, attendit qu’elles entrent, puis s’assit devant le perron.

Une minute plus tard, l’une des femmes lui apporta une grande gamelle en métal.

César ne se jeta pas immédiatement sur la nourriture.

D’abord, il regarda autour de lui, comme pour vérifier que tout était calme.

Ensuite seulement, il s’approcha lentement de la gamelle et commença à manger.

— Quel chien bien élevé, — laissa échapper Marine.

Une femme en blouse de ménage qui passait par là sourit et dit :

— Très élevé, oui. Notre gardien local. Il veille sur l’ordre, pour ainsi dire.

— Il vit ici ? — demanda Marine, étonnée.

— Depuis des années, — acquiesça la femme. — N’ayez pas peur de lui. Il est très intelligent et gentil. Si je pouvais, je l’aurais pris depuis longtemps.

Entre-temps, Étienne sortit de sa poche un biscuit restant du petit-déjeuner.

— Maman, je peux ? Il n’a pas fini de manger, regarde.

César avait effectivement fini sa bouillie et léché sa gamelle jusqu’à ce qu’elle brille au soleil.

Puis il s’éloigna de quelques mètres et s’allongea à l’ombre d’un arbre, la tête sur ses pattes.

Marine voulut d’abord interdire à son fils d’approcher ce chien, mais Étienne la regarda avec des yeux…

Comment refuser à un enfant qui avait tant souffert ces derniers jours ?

— Doucement, s’il te plaît, — dit-elle.

Et elle le suivit en le tenant par la main, prête à le tirer en arrière au moindre danger.

Non, elle comprenait bien que si ce chien avait été agressif, on ne l’aurait pas laissé dans l’enceinte de l’hôpital. Mais on ne sait jamais… Mieux vaut prévenir que guérir.

Étienne s’approcha du chien hirsute couché par terre et lui tendit le biscuit.

— Tiens… Pour toi…

César leva la tête. Pendant un moment, il regarda attentivement le petit humain, puis prit délicatement la friandise du bout des dents. Si doucement qu’il ne toucha même pas les doigts de l’enfant.

Marine, qui observait la scène, souffla de soulagement.

Dieu merci, rien de grave ne s’était produit. Le chien était vraiment très bien élevé.

— Maman, tu as vu ? Il a pris mon biscuit.

— J’ai vu, j’ai vu… — sourit Marine.

— Il est gentil, hein ?

— Oui, mon chéri. Mais il faudra te laver les mains. On rentre et tu les laves avec du savon, d’accord ?

— D’accord ! — répondit Étienne joyeusement.

Juste devant l’entrée du bâtiment, il s’arrêta soudain et regarda sa mère d’un air pensif.

— Maman, on peut l’emmener avec nous quand on rentrera à la maison ? J’aimerais tellement qu’il vive avec nous, pas dans la rue. Tu as dit toi-même qu’il était gentil.

Marine, qui ne s’attendait pas à cette question, resta un moment déconcertée. Elle regarda son fils en silence.

Comment expliquer à un enfant de quatre ans qu’on ne peut pas, même si on veut, ramener tous les chiens errants à la maison ?

C’est bien, en théorie, mais…

— Mon chéri, il est habitué à vivre ici, il n’aura probablement pas envie de partir ailleurs, — répondit Marine.

À partir de ce jour, ils se virent tous les jours. Parfois, Étienne apportait un biscuit à César. Parfois, un morceau de pain. Après le déjeuner, il restait des os, et Marine aussi se mit à les donner au chien.

Il acceptait toujours la nourriture avec la même dignité calme.

Jamais César ne mendiait, ne regardait avec des yeux suppliants, n’aboyait joyeusement comme le font les autres chiens.

Il remuait juste un peu la queue, comme s’il pensait que la gratitude n’avait pas besoin d’être bruyante.

Mais que le chien était reconnaissant pour l’attention et les soins, Marine n’en doutait pas.

Elle commença aussi à remarquer ce qu’elle n’avait pas vu avant.

Pourquoi tout le monde aimait César. Il ne mangeait pas son pain pour rien.

Un soir, Marine assista à une scène.

Un homme ivre s’approcha du portail de l’hôpital. Il insultait bruyamment le gardien âgé et exigeait d’entrer pour une raison inconnue.

Quand le gardien refusa, il tenta de passer par lui-même.

César se leva instantanément. Aussi vite que possible avec ses trois pattes, il s’approcha du gardien et s’arrêta à côté de lui.

Quand l’inconnu continua de secouer le portail métallique, César grogna d’abord, puis aboya brièvement et sourdement.

Cela suffit. L’homme marmonna quelque chose d’un air mécontent, tourna les talons et s’en alla.

Une minute plus tard, César se recoucha à sa place habituelle, comme si de rien n’était.

Marine le suivit longtemps des yeux.

— Drôle de chien… — dit-elle doucement. — Mais vraiment très bon.

Le lendemain, pour la première fois, elle se surprit à chercher des yeux, le matin, ce chien hirsute en sortant avec Étienne.

Il ne restait que trois jours avant la sortie.

Étienne se remettait bien. Il courait déjà dans la cour, se faisait des amis et, chaque matin, il regardait d’abord par la fenêtre.

— Maman ! César est déjà là ! Viens vite dehors.

Marine regarda par la fenêtre et sourit en voyant César.

Le chien était invariablement couché sur les marches de l’entrée des urgences. Parfois il somnolait, parfois il observait les gens. Il semblait connaître tous ceux qui entraient et sortaient.

Ce jour-là, Marine rencontra dans le couloir une infirmière qu’elle voyait souvent près de la salle de soins.

C’était une femme d’une cinquantaine d’années, très gentille et souriante.

Son badge indiquait : Ophélie.

— Excusez-moi, je peux vous demander quelque chose ? — l’arrêta Marine.

— Bien sûr.

— César… le chien qui se promène dans la cour… Il vit ici depuis longtemps, n’est-ce pas ?

Ophélie comprit immédiatement de qui elle parlait et sourit.

— Je vois que César vous a aussi charmée. Oui, depuis longtemps.

Marine rit malgré elle.

— Pour être honnête, au début j’avais très peur. Je trouvais même anormal qu’un chien errant soit devant un hôpital pour enfants. Maintenant, je n’imagine plus la cour sans lui.

L’infirmière regarda par la fenêtre.

César faisait justement sa ronde, vérifiant que tout était en ordre.

— Il est né ici, — dit-elle doucement. — Il y a environ cinq ans. Peut-être un peu plus. Sa mère vivait aussi à l’hôpital. Une chienne aussi intelligente. Quand elle a vieilli, César a compris tout seul que c’était à lui de garder les lieux.

— Personne ne l’a chassé ?

— Pourquoi l’aurait-on chassé ? Il n’a jamais fait de mal à personne. Au contraire. Il nous a souvent tirés d’affaire…

Ophélie se tut un instant.

— Une fois, on a failli le perdre.

Marine sentit qu’elle allait entendre quelque chose d’important.

— À cause de sa patte ?

L’infirmière hocha lentement la tête. Puis ajouta :

— À cause de l’amour.

Marine haussa les sourcils, étonnée.

— Comment ça ?

— Oui, oui. Ne soyez pas surprise. Chez les chiens, c’est presque comme chez les humains. Vous voulez qu’on sorte un instant ?

— Oui.

Elles sortirent. L’infirmière s’assit sur un banc. Marine s’installa à côté d’elle.

— Il y a quelques années, une petite chienne noire s’est installée ici, — raconta Ophélie. — Maigre, de grands yeux. On l’a appelée Choupette.

Ophélie sourit, comme si elle la revoyait.

— Elle était si vive… On ne pouvait pas la suivre. Et César, dès le premier jour, la suivait partout. Chaque matin, ils couraient ensemble dans la cour. Les enfants les regardaient en riant. En hiver, quand la neige tombait, César se couchait toujours près d’elle. Quand il faisait très froid, il la serrait contre lui, comme pour l’enlacer de ses pattes. C’était de l’amour. Un véritable amour…

— Que s’est-il passé ensuite ? — demanda Marine quand l’infirmière s’arrêta soudain.

— Puis le printemps est arrivé… — soupira Ophélie, — et Choupette a « fait des siennes ».

— Comment ça, des siennes ? Et César ? — s’étonna Marine.

— Eh bien, oui. Je vous dis, chez les chiens, c’est presque comme chez les humains. Ce printemps-là, des chiens étrangers ont commencé à se rassembler près de l’hôpital. D’abord deux. Puis quatre. Quelques jours plus tard, c’était une meute de six ou sept chiens, tous très gros.

— Ils se battaient, aboyaient fort, effrayaient les enfants. César a supporté un moment, puis il n’a pas tenu. Un jour, il s’est placé entre Choupette et les chiens étrangers.

— Tout seul ? — s’horrifia Marine en imaginant la scène.

— Tout seul, — confirma l’infirmière. — Seul contre tous.

Ophélie prit une profonde inspiration.

— On a entendu les aboiements et on est sortis dans la cour. C’est horrible à raconter…

Elle se tut. Marine n’osait pas l’interrompre.

— Ils se sont jetés sur lui tous à la fois. César s’est défendu tant qu’il a pu. On criait, on essayait de les disperser avec des bâtons, mais ce n’était pas facile. Quand la meute s’est enfin enfuie…

Ophélie ferma les yeux.

— César n’arrivait même pas à se lever. À plus forte raison se lever — il respirait à peine. On a cru qu’il ne survivrait pas.

Un frisson parcourut le dos de Marine.

— Et Choupette ?

— Choupette s’est enfuie avec les autres chiens. On ne l’a jamais revue.

Elles restèrent silencieuses quelques instants.

— On a toutes pleuré, — dit doucement l’infirmière. — Il était couvert de sang. Sa patte était si broyée que le vétérinaire a tout de suite dit : on ne pouvait sauver que César lui-même.

— Et donc…

— Oui. Il a fallu amputer.

Ophélie eut un sourire triste.

— Tout le service a collecté de l’argent pour l’opération. Ensuite, on a fait les pansements nous-mêmes, on lui a donné des antibiotiques. Il a supporté en silence. Il n’a jamais mordu personne. Même quand il avait très mal.

Marine jeta un coup d’œil vers le chien. César s’était arrêté près d’une petite fille qui avait fait tomber son jouet.

Il poussa doucement du museau un lapin en peluche vers l’enfant et poursuivit son chemin. Comme si rien d’héroïque n’était jamais arrivé dans sa vie. Pourtant, si…

— Après tout cela, César n’a plus laissé aucune femelle canine s’approcher de l’hôpital, — continua Ophélie. — Je veux dire, les chiennes. Il ne fait plus confiance à personne, vous savez.

Elle sourit, mais d’une façon différente.

— Mais il y a un mois, un vrai miracle s’est produit…

— Un vrai miracle ? — répéta Marine.

Ophélie hocha la tête.

— Nous-mêmes n’y avons pas cru d’abord.

Elle tourna la tête et sourit.

— Et voilà le miracle en personne, — fit-elle en montrant quelque chose du menton.

Marine regarda dans la direction indiquée et vit une petite chienne qui courait sur le chemin, sautillant drôlement.

César l’aperçut et se dirigea vers elle immédiatement.

— Qui est-ce ? Pourquoi je ne l’ai jamais vue avant ? — s’étonna Marine en observant César tenter de faire des signes d’attention.

— C’est Zouzou, — sourit l’infirmière. — Le jour où vous êtes arrivée, Zouzou venait d’être emmenée à la clinique vétérinaire pour être stérilisée. Aujourd’hui, on l’a ramenée. Elle est tellement remuante…

La petite chienne était effectivement hyperactive.

Elle s’arrêtait une seconde, repartait, tournait autour de César, repartait encore.

— D’où vient-elle ?

— Aucune idée. Un jour, elle est apparue devant le portail. Affamée, sale, mais incroyablement affectueuse. On l’a nourrie, on pensait qu’elle repartirait après. Elle est restée.

Marine regarda à nouveau les chiens.

Zouzou s’approcha de César et lui toucha doucement le cou avec son museau. Lui fit semblant de ne pas remarquer. Mais sa queue trahit un mouvement.

— Les premiers jours, il ne faisait pas attention à elle, — poursuivit Ophélie. — Quand elle s’approchait trop, il s’éloignait. On craignait même qu’il la chasse.

— Et ensuite ?

— Ensuite, elle l’a vaincu.

— Comment ?

— Par la patience. Et par la sagesse populaire. On dit bien que le chemin du cœur d’un homme passe par l’estomac.

L’infirmière rit.

— Chaque jour, Zouzou lui apportait un os. Il détournait la tête. Elle revenait. Il s’en allait — elle le suivait. Il se couchait — elle s’installait à côté. Jamais intrusive, mais elle ne le laissait pas seul.

Marine sourit involontairement.

— Et un matin, on les a vus couchés ensemble. Puis, quelque temps après, ils couraient l’un après l’autre, jouaient même. Vous imaginez ?

Dans la cour, justement, une scène similaire se produisit.

Zouzou attrapa une petite branche sèche et fila vers le parterre de fleurs.

César poussa un lourd soupir — du moins, Marine le crut — puis, soudain, il bondit. Bien sûr, il ne pouvait plus courir aussi vite qu’avant. Mais il essayait.

Zouzou ralentissait exprès pour le laisser la rattraper, puis repartait. Tous deux semblaient heureux.

— C’est depuis l’arrivée de Zouzou que tout a déraillé. On espérait que César serait adopté, — dit Ophélie.

— Vous lui aviez trouvé un maître ?

— Oui.

— Que s’est-il passé ?

L’infirmière écarta les bras.

— Une bonne personne. Il est venu plusieurs fois, apportait des friandises. César lui plaisait.

— Alors pourquoi…

— Il voulait prendre seulement César. — Marine attendit la suite en silence. — Mais César, maintenant, ne va nulle part sans Zouzou.

Ophélie sourit, bien que ses yeux s’embuent.

— Dès qu’on l’emmenait vers la voiture, Zouzou se mettait à tourner en rond et à geindre. César revenait aussitôt la calmer. On a essayé plusieurs fois de le faire monter dans la voiture, rien n’y fit. L’homme a fait un geste de la main et est reparti.

César s’arrêta près d’une gamelle d’eau.

Il voulut boire, mais s’écarta soudain. Zouzou but la première. Ce n’est qu’ensuite qu’il s’approcha à son tour.

Marine se surprit à les observer aussi attentivement que des humains.

— C’est étrange… — dit-elle doucement.

— Quoi donc ?

— Avant, je pensais que ce n’étaient que des chiens errants ordinaires. Mais maintenant…

Elle n’acheva pas. Les mots lui manquaient.

Ophélie acquiesça, compréhensive.

— Ils font partie de l’hôpital depuis longtemps. Les enfants les aiment. Les parents aussi les acceptent. Mais le cœur n’est jamais tranquille.

— Parce qu’ils vivent dehors ?

— Bien sûr. Aujourd’hui tout va bien. Demain, qui sait… Un nouveau directeur arrivera, et tout pourra changer.

Marine tourna la tête. César était tranquillement couché à l’ombre d’un arbre. Zouzou s’était blottie contre lui, la tête posée sur son dos. Il ne bougea pas.

Et c’est à ce moment que l’idée traversa Marine pour la première fois, une idée qui lui parut complètement folle.

« Et si, vraiment, je les emmenais chez moi ?… »

Cependant, elle la chassa aussitôt.

Deux chiens. Près de cinq cents kilomètres. Le bus. Non, impossible…

Mais l’idée étrange s’était nichée dans son esprit.

Et ne semblait pas vouloir disparaître.

Puis Marine pensa à son mari, à qui elle avait promis de ne rien demander, à qui elle avait prouvé qu’elle saurait se débrouiller seule. Apparemment, elle n’y arriverait pas…

Il ne restait qu’un jour avant la sortie.

Dès le matin, Étienne rangeait ses jouets dans son sac à dos et demandait sans cesse quand ils rentreraient à la maison.

Marine souriait, l’aidait à faire les bagages, mais ses pensées étaient ailleurs. Elle regardait souvent par la fenêtre.

Dans la cour, comme toujours, César et Zouzou.

Ils vivaient au jour le jour. Ils ne savaient pas que dans vingt-quatre heures, Marine partirait et, probablement, ne les reverrait jamais.

Cette pensée la rendait étrangement triste.

Après la sieste, Marine sortit.

César était couché près des marches. Zouzou dormait, blottie contre son flanc.

Marine s’assit sur le banc près d’eux.

— Voilà que je me suis attachée à vous… — dit-elle doucement. — Qu’est-ce que je suis censée faire ?

Les deux chiens levèrent la tête en même temps.

Zouzou accourut, toucha doucement la main de Marine de son museau froid, puis retourna vers César.

Lui resta couché. Il la regardait seulement de son regard calme et pensif.

Marine soupira et sortit son téléphone.

Elle fixa l’écran quelques secondes, puis appuya sur le bouton d’appel. Son mari répondit presque immédiatement.

— Alors, comment ça va ? Vous sortez demain ?

— Oui.

— Parfait. À quelle heure serez-vous à la maison ? Je viendrai vous chercher à la gare.

— Sébastien… il y a un truc.

— Quoi encore ?

Il avait immédiatement senti au ton de sa voix que la conversation serait difficile.

— J’ai une demande à te faire.

— Laquelle ?

— Ne ris pas, surtout.

— Déjà inquiétant.

— Voilà… dans la cour de l’hôpital, il y a deux chiens…

Un silence à l’autre bout du fil. Pendant que Sébastien se taisait, Marine lui raconta absolument tout.

César. Choupette. Comment il avait perdu sa patte et trouvé un nouvel amour. Comment il aimait les enfants et chassait les ivrognes.

Elle raconta aussi qu’Étienne avait très envie d’emmener César à la maison.

Elle parla longtemps. Parfois elle s’embrouillait, marquait des pauses. Mais Sébastien ne l’interrompit pas. Il écouta. Parfois, il soupirait lourdement.

Quand elle eut fini, un nouveau silence s’installa.

— Marine…

— Oui ?

— Je comprends tout, bien sûr… Mais tu es sérieuse, là ?

— Absolument.

— Tu me proposes de faire, en tout, plus de mille kilomètres juste pour aller chercher deux chiens errants ?

Marine ferma les yeux. C’était exactement la question qu’elle attendait.

— Pas seulement pour aller chercher deux chiens, mais aussi pour nous prendre, Étienne et moi…

Sa voix trembla légèrement.

— Et Étienne et moi, on voudrait vraiment que ces chiens aient enfin une maison. Qu’y a-t-il de mal à ça ?

Sébastien poussa un lourd soupir.

— Rien, mais… j’ai du travail, tu le sais.

— Oui, je sais.

— Et ce sont des dépenses imprévues.

— Je comprends.

— Et puis, des chiens, c’est une responsabilité.

Sébastien se tut. Marine s’attendait à un refus poli mais ferme. Pourtant, son mari demanda soudain :

— Ils sont corrects avec les gens ? Pas de problèmes, Marine ? Pas agressifs ?

— Ils sont géniaux, honnête. César protège l’hôpital et il adore les enfants. Zouzou, c’est la gentillesse même. Alors, on les prend ?

Quelques secondes passèrent, silencieuses. Puis Sébastien dit doucement :

— D’accord.

Marine n’en crut pas ses oreilles.

— Quoi ?

— Je viendrai demain matin.

Le soir, Marine ressortit dans la cour. César était couché près de l’entrée. En voyant Marine, il se leva. Il s’approcha lentement. S’arrêta près d’elle.

Elle caressa doucement son pelage épais.

— Demain, on rentre à la maison… Moi et mon fils Étienne…

César la regardait calmement dans les yeux.

— Et j’aimerais tellement que… que toi et Zouzou veniez avec nous.

Le chien inclina légèrement la tête, comme s’il écoutait chaque mot.

Marine sourit. Elle avait l’impression que César comprenait bien plus que ce qu’on croit des chiens.

— Alors, réfléchis. Demain, il faudra me dire ce que tu as décidé. D’accord ?

Le lendemain matin, une voiture bleu foncé s’arrêta devant le portail de l’hôpital. Un grand homme en descendit. Il embrassa d’abord sa femme. Puis il prit Étienne dans ses bras. Et seulement après, il remarqua les deux chiens assis calmement non loin.

César regardait l’inconnu attentivement. Sébastien — César.

Pendant quelques longues secondes, ils s’étudièrent mutuellement.

Puis, soudain, l’homme sourit.

— Bonjour, vieux guerrier… J’ai entendu parler de tes exploits. Donne-moi ta patte, que je te la serre…

Et César, lentement, avec dignité, fit un premier pas vers lui.

Sébastien s’attendait à voir des chiens de rue ordinaires. Peut-être un peu méfiants ou effrayés. Ou, au contraire, excessivement enthousiastes. Mais César était tout autre.

Il n’avait pas peur de Sébastien, qu’il voyait pour la première fois, et ne se mit pas à sauter joyeusement autour de l’inconnu.

Le chien s’approcha calmement, s’arrêta à quelques pas, puis le regarda droit dans les yeux.

Sébastien s’accroupit.

— Alors, on fait connaissance ? — dit-il en tendant la main.

César lui tendit sa patte avec précaution.

Un instant plus tard, Zouzou arriva en courant — impossible sans elle.

Elle, la queue frétillante, enfouit son museau dans la main de l’homme. Sébastien rit même.

— Toi, je vois que tu ne perds pas de temps non plus.

Zouzou était ravie. Marine regardait son mari et souriait. Elle connaissait ce regard.

La veille encore, Sébastien parlait de difficultés, de dépenses et de responsabilités. Maintenant, il parlait aux chiens comme s’il les connaissait depuis toujours.

— Alors ? — demanda-t-elle.

Sébastien se releva.

— Je ne sais pas comment tu m’as convaincu… Mais ils sont vraiment supers.

Marine rit de soulagement et enlaça son mari.

Avant de partir, ils retournèrent une dernière fois dans la cour de l’hôpital. Pour dire au revoir.

Quand les infirmières virent César avec une laisse, beaucoup ne purent retenir leurs émotions. Ophélie prit Marine dans ses bras.

— Merci.

— Pour quoi ?

— Pour lui offrir une maison. Je pense que César le méritait.

Quand Ophélie s’approcha pour le caresser, César vint doucement poser son museau dans sa main.

Et dans ce geste apparemment simple, il y avait tant de confiance infinie et de gratitude sincère que la femme se détourna pour que personne ne voie ses larmes.

— Prenez soin de lui, — dit-elle doucement.

— Promis.

César s’approcha de la voiture, renifla la portière ouverte. Puis il regarda Zouzou, qui remuait la queue joyeusement, et monta le premier.

Zouzou sauta derrière lui, sans une once de peur ni d’hésitation.

Pour son César, elle était prête à aller au bout du monde.

La voiture démarra. Étienne agitait la main par la fenêtre.

Zouzou s’installa à côté de lui sur la banquette arrière et s’endormit en quelques minutes.

César, lui, regarda longtemps en arrière. L’entrée de l’hôpital. Les marches où il avait passé tant d’années. Les gens qui étaient devenus sa famille.

Marine le remarqua.

— Tu n’as pas envie de partir ? — demanda-t-elle doucement.

Bien sûr, il ne répondit pas. César regarda encore un moment en arrière.

Puis, lentement, il tourna la tête vers l’avant.

Devant lui, une toute autre vie l’attendait.

Sur le chemin du retour, Sébastien regardait souvent le rétroviseur. Et chaque fois, il voyait la même scène.

Étienne dormait, la tête posée sur la douce fourrure de Zouzou. Zouzou dormait aussi, paisible. Et César…

…César était allongé à côté, surveillant attentivement la route.

— Tu sais, avant, je n’ai jamais compris les gens qui s’attachent autant aux animaux, — dit soudain Sébastien.

Marine le regarda.

— Et maintenant ?

Il haussa les épaules.

— Maintenant, je pense que certains animaux méritent plus de confiance que beaucoup d’humains.

Elle ne répondit rien. Parce qu’elle était d’accord.

Enfin, ils arrivèrent chez eux. Un petit terrain, une haute clôture métallique, et un jardin que Sébastien essayait de remettre en ordre chaque été, mais il manquait toujours de temps pour finir ce qu’il avait commencé.

Marine ouvrit le portail.

— Voilà… Nous sommes à la maison.

Elle regarda les chiens.

— Maintenant, c’est aussi votre maison.

Zouzou ne se fit pas prier. Elle entra aussitôt. Elle fit le tour du jardin, renifla chaque buisson, inspecta tous les coins.

Puis elle revint, comme pour dire à César : elle aimait cet endroit.

César, lui, restait près du portail. Il regardait le jardin, la maison, les gens, et Zouzou qui était aux anges. Lui ne se pressait pas.

Marine s’approcha.

— Tu sais, César…

Elle s’accroupit à côté de lui.

— Ici, personne ne te fera plus de mal et personne ne t’abandonnera. Je te le promets.

Le chien soupira doucement. Et fit un pas en avant. Puis un autre. Enfin, il entra lentement dans le jardin. Quelques mètres seulement…

Mais pour lui, ce fut sans doute le plus long chemin de sa vie.

Le soir, Sébastien posa deux gamelles sur le perron.

Étienne choisit solennellement un endroit pour les jouets de Zouzou (en réalité, c’étaient ses jouets, mais il les offrit à la chienne).

Et Marine s’assit sur le perron, regardant César couché sous un vieux pommier. Zouzou était allongée près de lui.

Et, pour la première fois depuis longtemps, César — cela se voyait à ses yeux — se sentit vraiment chez lui.

Un an passa.

Pendant ce temps, beaucoup de choses avaient changé. Étienne racontait fièrement à tous les voisins qu’il avait « le chien le plus courageux du monde ».

Zouzou savait où étaient ses jouets, à quelle heure Sébastien rentrait du travail, et…

…où se cachaient les vrais trésors — de délicieux os sucrés.

Mais elle ne le dirait à personne, bien sûr. Personne sauf César.

César, lui, était devenu un vrai chien de maison.

Il ne se réveillait plus au moindre bruit inconnu et ne regardait plus les passants avec méfiance.

Parfois, Marine se surprenait à penser qu’il était enfin devenu un simple chien, et non un gardien ou un combattant.

En un mot, César n’était plus celui qui devait constamment protéger ou défendre les autres. Au contraire, maintenant, on prenait soin de lui. On veillait sur lui et on l’aimait.

Oui, c’était cela.

Pendant des années, César avait protégé les autres, et maintenant des gens avaient pris soin de lui.

L’été suivant, ils retournèrent à la mer. Et au retour, ils firent un détour par l’hôpital. Celui-là même…

Marine avait longtemps hésité à y aller. Mais finalement, elle décida que oui.

Quand la voiture s’arrêta devant le bâtiment familier, César leva la tête immédiatement. Il reconnut l’endroit.

Il sortit calmement de la voiture. S’approcha lentement des marches. La porte s’ouvrit et Ophélie apparut.

D’abord, elle n’en crut pas ses yeux.

— César ?

Le chien leva la tête et remua la queue. Pas fort. Mais comme seul lui savait le faire. En une minute, les infirmières qu’il connaissait l’entourèrent.

Certaines le caressaient. D’autres riaient. D’autres encore s’essuyaient les yeux, devenus humides sans raison.

— Il est devenu tout à fait domestique, — sourit Ophélie. — Et où est ta Zouzou ?

Comme si elle avait entendu son nom, la petite chienne sauta de la voiture et se retrouva immédiatement au centre de l’attention.

Dans la cour, les rires résonnaient à nouveau. Presque comme avant.

Mais avec une différence importante.

César n’appartenait plus à cet endroit. Il était simplement venu en visite.

Marine se tenait un peu à l’écart et le regardait.

Autrefois, elle l’avait vu ici pour la première fois et s’était dit : « Que fait ce chien devant un hôpital pour enfants ? »

Maintenant, elle avait un peu honte de cette pensée.

Elle ne connaissait pas son histoire à l’époque. Elle ignorait combien de douleur se cachait derrière ce regard tranquille.

Et elle ignorait aussi que parfois, les cœurs les plus fidèles se trouvent là où on les attend le moins.

Sébastien s’approcha d’elle.

— Tu te souviens de ton appel, il y a un an ?

Marine sourit.

— Bien sûr que je m’en souviens.

Il regarda César.

— C’est une bonne chose que tu aies insisté pour que je vienne vous chercher. Vous tous…

Elle ne dit rien.

Elle regarda seulement César assis près du perron, avec Zouzou qui tournait autour de lui. Et les gens qui, autrefois, l’avaient sauvé.

Le vrai bonheur ressemble sans doute à cela.

Pas bruyant. Pas beau comme dans les films. Le bonheur, c’est simplement quand on a un endroit où aller. Quand on a une maison, et quelqu’un qui vous aime.

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News 24 Justall
Rencontre non fortuiteIl réalisa alors que cette rencontre n’avait rien d’un hasard, mais était l’aboutissement de toutes les routes qu’il avait choisies avant elle.