Personne ne les a chassés, répondirent les uns comme les autres, ils n’ont tout simplement pas voulu rester ! Qu’ils arrivent ! Nous serons ravisAlors, les portes s’ouvrirent en grand, laissant entrer les visiteurs curieux, prêts à partager leurs histoires autour d’un feu chaleureux.

Assiedstoi! Nous ne sommes pas chez nous! déclare calmement Pierre.

Oui, ils sonnent! sarrête Maïwenn, se relevant du canapé.

Laisseles, répond Pierre.

Et sils sont importants? demande Maïwenn. Ou sil sagit dune affaire?

Samedi, douze heures, précise Pierre. Tu nas appelé personne, je nattends personne! Verdict?

Je ne regarde quun instant! murmure Maïwenn à voix basse.

Assiedstoi! sa voix devient dacier. Nous ne sommes pas chez nous! Que ce soit qui que ce soit, quils retournent doù ils viennent!

Tu sais qui cest? questionne Maïwenn.

Je limagine, cest pourquoi je te dis de rester assise et de ne pas cligner devant les fenêtres!

Si cest ce que je pense, ils ne partiront pas comme ça, réplique Maïwenn, haussant les épaules.

Cela dépend de combien de fois nous ne leur ouvrons pas la porte, répond Pierre sereinement. Tôt ou tard ils finiront par partir.

Quoi quil en soit, ils ne vont pas passer la nuit dans le hall dentrée. Et nous navons nulle part où aller. Alors, assiedstoi, prends les écouteurs, le téléphone et regarde un film.

Pierre, ma mère mappelle, dit Maïwenn en montrant lécran du portable.

Donc, derrière la porte se tient ta tante avec son fils un peu maladroit, conclut Pierre.

Comment le saistu? sétonne Maïwann.

Si cétait mon cousin, Pierre prononce doucement le «e» de cousin, ce qui rend le son presque sardonique, ma mère aurait appelé!

Tu nenvisages pas dautres possibilités? demande Maïwenn.

Si cest le voisinage, je nai aucune envie de discuter. Si cest nos amis, ils auraient déjà sonné plusieurs fois et seraient partis.

Le plus probable, selon Pierre, cest que des gens respectables auraient appelé à lavance pour savoir si on pouvait les accueillir, au lieu de taper à la porte pendant trente minutes.

Seuls nos proches envahissants pourraient troubler notre sonnerie de façon si impudente.

Pierre, cest ma tante, se plaint Maïwenn. Ma mère a envoyé le message. Elle veut savoir où nous sommes. Tante Nathalie sarrêtera chez nous quelques jours, elle a des affaires à Paris.

Dislui quil y a plein dhôtels en ville, sourit Pierre.

Pierre! sexclame Maïwenn, irritée. Je ne peux pas écrire ça!

Je sais, réfléchit Pierre. Dislui que nous ne sommes pas chez nous, que nous vivons à lhôtel parce que notre appartement est infesté de cafards!

Exactement! Maïwenn tape le message et lenvoie.

Elle veut quon lui réserve deux chambres: une pour elle et Kévin, sétonne Maïwenn.

Dislui que nous navons pas dargent. Et ajoute quon a réservé deux lits dans une auberge, et quil y a quinze étrangers dans la même pièce, sourit Pierre, satisfait de son imagination.

Ma mère demande quand on rentre, observe Maïwenn.

Dislui dans une semaine, répond Pierre en haussant les épaules.

Ils arrêtent de frapper à la porte. Le couple pousse un soupir de soulagement.

Ma mère a écrit que la tante arrive dans une semaine, dit Maïwann, la voix épuisée.

Et nous ne serons pas de nouveau à la maison, répond Pierre.

Pierre, tu sais bien que ce nest pas une solution! On ne peut pas fuir indéfiniment!
Et si elle arrive en semaine? Et si après le travail elle se poste à la porte? Ma tante, ton cousin, ils ne sont pas capables dune telle chose!

Oui, soupire Pierre. Et le diable ne nous atil pas poussé à acheter un troispièces?

Pierre, on pense à notre future grande famille, dit Maïwenn.

Un enfant, il nous faut! répond Pierre sérieusement. Mieux encore, deux tout de suite!

Et moi alors, je suis contre? réplique Maïwann, outrée. Tu sais bien quil faut se faire examiner! Ça ne marche pas!

Calmons les nerfs et tout ira bien, conseille Pierre. Nos nerfs salternent, les tiens puis les miens! Il faut les chasser doù ils viennent, sinon rien ne sarrange!

Maïwann ne discute pas. Elle sait que Pierre a raison.

Lorsquils ont prévu de se marier, ils ont passé un examen complet de compatibilité et de maladies génétiques, même la fertilité a été testée.

Tout était parfait après le mariage, mais la question des enfants a été remise à plus tard pour pouvoir économiser pour un appartement.

Leur héritage était illusoire. Avant le mariage, Pierre et Maïwann vivaient chacun avec leurs mères dans des studios. Ils ne pouvaient compter que sur euxmêmes.

Cinq ans de travail acharné et dépargne rigoureuse leur ont permis dacheter un grand appartement.

Un immeuble doccasion, pas tout neuf, mais ils ont investi dans la rénovation, le mobilier quasiment construit de zéro. Quelle joie!

Ils nont même pas eu le temps de fêter leur pendaison de crémaillère que la tante Nathalie et son fils apparaissent sur le seuil, accompagnés de la bellemère.

Vous nêtes pas les bienvenus, il y a de la place! Pas comme nous deux, Maïwann et moi, qui galérions dans une seule pièce!

Confortable, approuve la tante Nathalie. Je placerai Kévin dans une pièce séparée!

Nous ne dormons pas dans le salon, dit Pierre. Cest la salle de repos!

Et je ne viens pas travailler ici! ricane la tante. Maïwann, explique à ton mari que mon fils ronfle! Et en plus, les invités sont là, vous navez même pas mis la table!

Nous ne vous attendions pas, se sent embarrassée Maïwann.

Le frigo est vide, ajoute Pierre.

Ce nest pas étonnant, répond la tante Nathalie avec bienveillance. Pierre, cours au magasin, et Maïwann, à la cuisine!

Pourquoi rester immobiles? crie la bellemère. Vous accueillez des invités!

Vous navez rien remarqué sécrie Pierre, mais Maïwann le tire dans lautre pièce.

Quand Pierre parvient à libérer la bouche de Maïwann, il demande:

Maïwann, personne na rien confondu ici? Je les expulse chez ta mère! Au sens propre, avec ta mère! Quand des invités arrivent, comportezvous comme des hôtes! Et quoi? sindigne Pierre.

Pierre, ma femme est simple, du village! Cest la coutume!

Je connais les villages, mais aucune incivilité nest tolérée! Cest exactement le problème!

Chéri, ne nous disputons pas avec maman et tante! Elles finiront par épuiser tous nos nerfs! Sinon tu deviendras leur ennemi! Tu le veux?

Peu importe ce que je deviens pour elles! Si on me traite ainsi, je ny prêterai plus attention! Je ne les verrai plus, quelles disparaissent, je ne pleurerai pas!

Pierre, mon cher! Aie pitié de moi! Si on chasse la tante Nathalie maintenant, maman me maudira! Je nai plus personne que ma tante!

Ces mots font fléchir Pierre. Il serre les dents et part au magasin.

La tante Nathalie reste chez eux trois jours, puis deux semaines. Pierre, quant à lui, se cale sur de la valériane jusquau soir du deuxième jour.

Le départ de la tante Nathalie et de son fils est célébré par le jeune couple avec joie, balais et serpillières à la main. Trois jours à nettoyer lappartement.

Puis la même situation revient, mais du côté opposé.

Frérot, je ne reste pas longtemps, enlace Damien son frère jusquà ce que leurs os grincent. On doit régler les affaires, puis on revient!

Tu ne peux pas régler tout seul? demande Pierre.

Pourquoi? Jai une famille! Comment je laisse tout le monde au village et je viens en ville? Réfléchis! ricane Damien. Et si je trouve des aventures? Ma femme me contrôlera!

Cest pour ça que tu as amené les enfants? senquiert Pierre.

Avec qui je les laisse? répond Damien en frappant Pierre dans le dos. Ils peuvent samuser! Allonsnous éclater comme dans la jeunesse!

Damien! crie Sélène. Je vais te montrer à quel point je peux être sévère!

Une heure et demie après larrivée du frère de Pierre avec sa famille, Maïwann se plaint dun terrible mal de tête.

Les enfants courent partout, hurlant sans arrêt. Sélène ne sait que crier, elle ne sait pas parler autrement.

Damien veut tout le temps allumer la lumière, ce qui fait crier Sélène encore plus.

Pierre, tu nes quun fils unique pour ma mère, souffle Maïwann en senfonçant dans loreiller.

Cest mon cousin maternel, grogne Pierre. Je lappelle mon cousin.

Peu importe comment tu lappelles, on peut le faire sortir dici?

Tu sais, je le ferais volontiers, répond Pierre, la main sur le cœur, mais cest la même histoire que avec ta tante. Ma mère me foutrera le cerveau avec une cuillère à café et me le fera manger!

Ils nont pas le temps de séloigner dune visite que de nouveaux invités surgissent sur le seuil. La tante Nathalie et son fils reviennent sans cesse pour des affaires en ville.

Le cousin Damien et sa famille passent de temps en temps pour « régler leurs affaires ». Les bellesmères, les bellespères, tout le monde séchange les rôles et les responsabilités.

Cette agitation constante mine la santé mentale et le bienêtre du jeune couple.

Il nest donc pas question de parler denfants dans ce tourbillon dinvités infinies. La santé en pâtit, et le quotidien devient un cauchemar.

On échange lappartement? propose Maïwann.

Pour des pièces plus petites? sourit Pierre. On les aura bientôt!

Non, sourit un peu Maïwann. On échange notre appartement contre un autre identique! Il y a des gens qui veulent vivre dans un autre quartier! On déménage, et on ne dit à personne où on va!

Cest un vrai report, marmonne Pierre. Mon cousin et ta tante trouveront de nouveaux locataires qui raconteront où était leur logement. On les retrouvera! Et ils seront pendus pour ces combines!

Et si on avait le temps davoir un enfant? demande Maïwann avec espoir.

Il faut non seulement en faire un, mais le mettre au monde. Ce sera au moins une raison, secoue la tête Pierre.

Même si tu quittais lappartement, soupire Maïwann. On demande à des amis, on se cache!

Tu parles de Valérie et Katia? sinterroge Pierre.

Oui, acquiesce Maïwann. Ils ont une chambre!

Téra habite là, sourit Pierre. Tu as oublié?

Je préfère vivre avec mon berger allemand quavec nos proches, conclut Maïwann, la tête baissée.

Stop! crie Pierre, attrapant le téléphone.
Valérian, prêtemoi le chien!

Oh! Mon ami! Je te suis redevable! Katia et moi voulons partir en vacances, mais la petite ne veut rester avec personne! Elle naime pas les étrangers, mais elle nous connaît et nous respecte! hurle Valérian. Japporterai la nourriture, la literie, les jouets, les gamelles! Je paierai aussi!

Livraison! sexclame Pierre avec joie.

Il revient auprès de sa femme, le visage illuminé comme le soleil du matin.

Appelle maman, que la tante arrive demain! Et je téléphone à mon frère pour quil vienne dans une semaine!

Tu es sûr? demande Maïwann.

Nous les accueillerons avec plaisir! répond Pierre avec chaleur. Questce qui les empêche daimer notre foyer?

Le cousin Damien et sa tribu nont besoin que dune «gâchette» pour choisir un hôtel confortable.

La tante Nathalie décide de défendre son droit de rester chez nous.

Enfermez cette bête quelque part! sindigneelle, se cachant derrière le dos de son fils.

Tante Nathalie, vous plaisantez? sourit Pierre. Quarantecinq kilos de muscles purs! Ce nest pas un chiot, cest un berger allemand! Il peut pousser nimporte quelle porte!

Pourquoi me regardetelle ainsi? la voix de la tante tremble.

Elle naime pas les inconnus, hausse les épaules Maïwann.

Débarrassezvous de lui! Je ne peux pas vivre dans le même appartement avec ce monstre!

Comment? Sen débarrasser? sindigne Pierre. Ce petit chien est maintenant le nôtre! Nous navons pas denfants, mais il faut aimer quelquun! Et nous laimons énormément!

Nous ne le jetterons jamais! ajoute Maïwann.

Puis les deux mères appellent toutes les deux, demandant pourquoi on a refusé lhospitalité à la famille.

Personne ne les a chassés, répondent-elles toutes les deux, ils nont tout simplement pas voulu rester! Quils reviennent, on sera ravis!

Et le chien?

Maman, on ne refuse à personne!

Peu à peu, les mères cessent de se précipiter chez les autres.

Un mois plus tard, Téra repart chez ses propriétaires, prête à revenir au premier appel.

Pas besoin. Maïwann attendait le deuxième.

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News 24 Justall
Personne ne les a chassés, répondirent les uns comme les autres, ils n’ont tout simplement pas voulu rester ! Qu’ils arrivent ! Nous serons ravisAlors, les portes s’ouvrirent en grand, laissant entrer les visiteurs curieux, prêts à partager leurs histoires autour d’un feu chaleureux.