– Allô… Pierre – Ce n’est pas Pierre. C’est Élise… – Élise ? Qui êtes‑vous ? … – Madame, qui êtes‑vous ? Je suis la femme de Pierre. Vous vouliez quelque chose ? … Le mari n’est pas là, il est retenu au travail… J’ai eu la tête qui tournait, j’ai remarqué des taches rouges sur le sol. Le ventre me tirait tellement fort que je me tordais… Je sentais que le bébé allait naître d’un instant à l’autre.

Mon mari Jean est parti à létranger depuis cinq ans, à force de faire des missions dun mois à lautre. Dabord il a conduit un camion en Allemagne, puis il a fait des petits travaux de rénovation en Pologne. On a décidé de le laisser partir pour gagner plus dargent, parce quon veut offrir le meilleur avenir à nos deux garçons, Lucas et Thomas. On savait très bien quici, en France, on narriverait jamais à tout faire.

Et ça a un peu marché. Une fois chaque mois, il nous envoyait des colis remplis de conserves, de céréales, dhuile dolive, de bonbons Et en plus il virait de largent sur ma carte bancaire pour que je le place à la banque et le fasse fructifier. Au bout du compte, on a pu économiser assez pour acheter un petit appartement à notre fils aîné.

Tout semblait aller pour le mieux, jusquà ce que, il y a quelques mois, je commence à sentir que mon corps nétait plus le même. Dabord jai pensé à la ménopause, mais ce nétait pas ça. Jai pris du poids, je dormais tout le temps, je mangeais sans arrêt et mon humeur changeait du jour au lendemain. Tous les symptômes pointaient vers une grossesse. «Comment ça, enceinte à 45?», je me suis dit. Jai fait un test et, sur le bâtonnet, deux lignes rouges bien nettes.

Je nai rien dit ni à mes fils, ni à leurs conjoints. Pourquoi les raconter? Au fond, je craignais quils me traitent de vieille folle, que ma mère perde la raison à mon âge. Jai donc gardé le secret, surtout parce que lhiver approchait : je portais de gros manteaux, un gros doudoune, et personne ne pouvait voir mon ventre.

Je ne voulais pas mettre au monde ce bébé. Certains diront que je nai plus de cœur, mais à 45 ans, je ne suis plus une jeune femme. Jai déjà des enfants, des petitsenfants, et je veux passer du temps avec eux, pas courir derrière les couches. En plus, on na pas les moyens de subvenir aux besoins dun troisième enfant. Jean ne pouvait pas revenir travailler à létranger, et sans lui, je me sentais perdue.

Les médecins mont dit que le temps était compté, que lopération était très risquée et pourrait même me nuire. Jai donc essayé de me convaincre que tout finirait bien. Peutêtre que Jean serait content dapprendre quon aurait encore un petit? Jai décidé de lappeler sur Skype pour lui annoncer la nouvelle, mais sans activer ma caméra, juste le micro.

Allô, Jean

Cest pas Jean, cest Élise.

Élise? Qui vous êtes?

Madame, vous êtes qui? Je suis la femme de Jean. Vous vouliez parler à votre mari? Il est au travail, il ne vient pas tout de suite.

Jai raccroché, le cœur brisé, et jai fondu en larmes. Cest fou comme la vie peut être cruelle, nestce pas? On imagine que le mari trahit nimporte où, nimporte qui, et on veut tout de suite tout arracher : le contrat de mariage, les affaires de Jean, le faire disparaître de ma vie.

Mais au fond, jai gardé lespoir que mon amoureux revienne quand il apprendrait la nouvelle. Il devait rentrer en février, parce que les anniversaires de nos garçons étaient prévus et il avait obtenu un congé. Jai même rêvé quon se baladait tous les trois dans un parc, Jean tenant la main de notre petite fille, moi lautre.

Le 14 février, la SaintValentin, Jean est revenu. Jai préparé un dîner romantique, allumé des bougies, mis de la musique douce le petit truc pour créer une ambiance zen.

Jean, jai une surprise pour toi. Je suis enceinte. On ma dit que ce sera une fille.

Espèce de coquine! sest écrié mon mari.

Il est devenu tout rouge de colère, a renversé les assiettes, a frappé la table du poing :

Alors pendant que je me tape les journées au boulot, tu joues les cavalières sur dautres hommes? Et maintenant tu veux mettre un bout de moi sur le cou de ce salaud?

Jean, je vais tout texpliquer

Va-ten, je ne veux plus te voir! a-t-il bousculé, me faisant heurter le bord pointu de la table, je suis tombée à terre, le ventre me tirant fort.

Jean est parti, a pris son sac et a claqué la porte. Jai senti le sol devenir rouge sous mes pieds, une douleur horrible au ventre. Jai réussi à attraper mon téléphone et à appeler les secours. Je sentais que le bébé allait naître à tout instant.

Quand les ambulanciers sont arrivés, javais déjà notre petite fille dans les bras. Elle était calme, ne pleurait pas, dormait profondément.

Alors, maman, tu viens avec nous?

Non. Prenez lenfant, je nen veux pas.

Comment?

Prenezla, je le dis! Ce bébé a détruit ma famille! Peutêtre que quelquun laimera, mais pas moi. Allezy, je ne veux plus la voir.

Sans un mot de remords, je lai remise aux médecins. Lexamen a montré aucune déchirure, laccouchement sest déroulé sans problème. Après le départ de lambulance, jai rangé la maison, pris une douche et je me suis couchée.

Personne parmi les enfants ne sait que jai abandonné ma fille. Chaque jour je vais à léglise et je prie pour quelle grandisse en bonne santé, quelle trouve une famille qui laimera. Je sais que je ne pourrai jamais men occuper. Je ne veux plus revivre les épreuves de la maternité. Tout ce que je souhaite, cest que Jean revienne à la maison. Mais il est de nouveau parti travailler en Allemagne, ne parlant quà nos fils.

Vous pouvez dire que je suis une femme anormale, mais moi, je choisis mon mari, pas lenfant. Que Dieu me juge.

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News 24 Justall
– Allô… Pierre – Ce n’est pas Pierre. C’est Élise… – Élise ? Qui êtes‑vous ? … – Madame, qui êtes‑vous ? Je suis la femme de Pierre. Vous vouliez quelque chose ? … Le mari n’est pas là, il est retenu au travail… J’ai eu la tête qui tournait, j’ai remarqué des taches rouges sur le sol. Le ventre me tirait tellement fort que je me tordais… Je sentais que le bébé allait naître d’un instant à l’autre.