— Non. Nous avons décidé qu’il valait mieux ne pas amener votre femme et votre enfant dans cet appartement. Nous ne pourrons plus supporter les désagréments longtemps et, en conséquence, nous vous demanderons de partir. — Et votre femme racontera à tout le monde que nous vous avons expulsés, vous et votre petit, dans la rue.

Non. Nous avons décidé quil valait mieux ne pas amener ta femme et ton bébé dans cet appartement. Nous ne pourrons pas supporter indéfiniment les désagréments et, au bout du compte, nous vous demanderons de partir.
Et ta femme racontera à tout le monde que nous vous avons mis à la porte avec le nourrisson.

La voisine du dortoir, qui flottait comme un nuage de papier, remarqua aussitôt que Claire revenait de la conversation avec son mari, lair abattu. Elles étaient toutes deux devenues mères il y a trois jours, et la sortie de lhôpital était prévue après-demain. Joyeux événement! Aucun motif de tristesse.

Claire, ton visage est pâle. Que sestil passé? demanda la voisine.

Pierre ma dit que la maîtresse de lappartement nous avait ordonné de partir immédiatement. Elle aurait loué le logement à un couple sans enfant, et nous comptons y ajouter un bébé. Elle disait que les cris nocturnes feraient hurler les voisins, et quelle ne voulait pas de ces problèmes.

Et alors, vous navez plus où aller?

Chez les parents de Pierre il y a un troispièces, mais y vit aussi sa petite sœur. Et mes parents habitent au village de SaintGervais, à vingt kilomètres de la ville.

Vous pourriez rester une semaine ou deux chez les beauxparents, le temps de trouver un nouveau logement, suggéra la femme, sa voix se confondant avec la cloche dune église imaginaire.

Pierre a déjà cherché. Mais dès quon parle dun nourrisson, les propriétaires ferment les fenêtres.

Cest embêtant, mais il reste deux jours ; ton mari inventera quelque chose.

Pourtant Pierre ninventa rien. Il appela plusieurs annonces, reçut des refus, puis transporta leurs cartons de lappartement loué jusquau domicile des parents.

Les parents et la petite sœur ne furent pas enchantés à lidée daccueillir la famille de Pierre, surtout avec un habitant si agité.

Mon fils, souvienstoi, avant votre mariage nous avions convenu que vous ne vivriez pas chez nous, dit la mère. Tu as le droit de rester dans ta chambre, mais nous ne voulons pas dinconnus sous notre toit.

Et Claire, cest une étrangère. Pour toi, elle est la femme, pour nous, une intruse. Tu las choisie, nous ne lavons pas choisie.

Maman, cest temporaire, jusquà ce que nous trouvions un endroit convenable, plaida Pierre.

Tu sais bien que rien nest plus permanent que le temporaire. Dabord une semaine, la semaine devient un mois, le mois sétire à linfini.

Non. De plus, mon père travaille, votre sœur étudie. Nous voulons tous du repos. Avec un bébé, on ne peut parler fort, ni regarder la télé, mais on doit être prêt à se lever à chaque cri nocturne.

Nous tenterons de trouver plus vite, promit le fils.

Non. Nous avons décidé quil valait mieux ne pas amener ta femme et ton bébé dans cet appartement. Nous ne supporterons pas les désagréments longtemps et, en conséquence, nous vous demanderons de partir.

Et ta femme racontera à tout le monde que nous vous avons expulsés avec le petit. Cela ternira notre réputation, et je ne veux pas quon parle mal de nous. Alors nessaye même pas damener Daphné et lenfant ici. Résous le problème autrement.

Ces nouvelles firent apparaître Pierre, qui, comme un horloger sans aiguilles, arriva à lhôpital.

Écoute, Claire, pourquoi ne pas rester chez tes parents avec le bébé? proposatil.

Ta mère ne veut pas voir son petitenfant? sétonna Daphné.

Je ne sais pas, ma mère a dit de ne pas aller les voir, répondit Pierre.

Parfait! Dautres femmes avec leurs enfants sont accueillies par la famille: fleurs, cadeaux, joie. Nous, on est comme des errants que personne ne veut même regarder.

Le soir, Claire appela ses parents. Le même jour où elle et le petit furent libérés, son père arriva, suivi de son beaupère.

Rassemblezvous, ma fille, le petitenfant, partons à la maison. Et à toi, Pierre, apporte toutes les affaires de Claire et ce que vous avez acheté pour le bébé, lança le beaupère.

Ils traversèrent les champs en trente minutes, comme sils chevauchaient le souffle du vent. La petite chambre du village était déjà prête: un berceau tapissé de draps à leffigie dours et de lapins, une commode pour les habits, un fauteuil dallaitement.

Dans le salon, une table était dressée pour un repas festif, aucun étranger, seulement les parents, la grandmère de Claire et Irène, sa petite sœur.

Du côté de Pierre, on ne parla pas de la famille, mais on débattit intensément du prénom du garçon. Ils choisirent «Léon».

Pierre repartit immédiatement en ville, promettant dapporter les affaires de Claire le lendemain.

Quand il revint, de bonnes nouvelles lattendaient.

Claire, Léon, annonça le père, lorsquils furent tous réunis autour de la table. Nous avons consulté ma femme et décidé de vendre la maison de la grandmère, le produit vous reviendra.

Nous lenregistrerons comme un cadeau de notre famille à Claire. Mais il y a une condition: la maison où nous vivons maintenant reviendra à Irène par testament. Claire, estu daccord?

Bien sûr, jaccepte.

Alors demain je publierai lannonce de vente, dit le père.

La maison se vendit en trois mois. Durant ce temps, Claire et Léon vécurent au village, Pierre à la ville dans lappartement parental, mais il revenait chaque weekend chez sa femme et son fils.

Un mois et demi plus tard, ils signèrent le prêt, rénovie­rent les murs, et enfin le jour arriva où Claire, Pierre et le petit Léon emménagèrent dans leur propre appartement. Un mois plus tard, chaque objet trouva sa place et ils organisèrent une pendaison de crémaillère.

Ils invitèrent les parents de Claire, ses amies et les amis de Pierre. Mais les parents de Pierre ne furent pas présents; ils apprirent par hasard que leur fils avait acheté un logement.

Quand Pierre rangeait ses cartons, sa mère crut quils déménageaient simplement dans un autre logement loué.

Alors, mon fils, tu invites la famille campagnarde à la pendaison de crémaillère, sans même nous dire que tu as enfin un cheztoi? Tu aurais pu nous inviter!

Au final, nous navions même pas encore vu le petitenfant. Vous ne vous comportez pas comme une famille, mon fils, répliqua la mère au téléphone.

Refuser que ma femme et notre nouveauné viennent chez vous, cest «familial»? demanda-til.

Je tai tout expliqué: nous sommes des vieillards, nous avons besoin de calme, mais pouvonsnous venir vous rendre visite?

Pourquoi?

Pourquoi pas? Léon est notre petitenfant.

Maman, notre fils a bientôt six mois, et soudain tu veux le voir maintenant. Cest étrange, non?

Rien détrange. Quand il était petit, on ne voyait rien: tous les nourrissons se ressemblent, répondit la mère.

Je pense que le vrai motif est ailleurs. Vous craigniez que jintroduise ma famille dans votre appartement et vous avez fortifié vos murs comme un bastion.

Et tant que Claire vivait avec Léon chez ses parents, vous navez même pas voulu le rencontrer. Maintenant que nous avons notre propre toit, vous vous sentez libres de nous refuser, déclara Pierre.

Vous êtes offensés? demanda la mère. Javais même prévu dinviter votre femme et lenfant à la maison de campagne tout lété.

Pourquoi cela maintenant? sétonna le fils.

Lenfant a besoin dair frais. En ville, en mai, il fait déjà chaud, et en été il fera étouffant et poussiéreux.

Ma femme pourra vivre seule à la campagne, personne ne la dérangera, nous nirons que les weekends.

Cette année je prends des congés en octobre, mon mari en novembre. Nous ne prendrons aucun argent, seulement les légumes du potager de Claire, les concombres quelle cueillera, voilà tout.

Jai compris, maman! Vous avez besoin dune aidemaison à la campagne pour lété. Non, débrouillezvous. Et si nous voulons emmener Léon prendre lair, Claire et lui iront chez leurs parents, répondit le fils.

Pour la première fois, la mère et la sœur de Pierre virent Léon à deux ans et demi, par hasard dans un centre commercial, le regardèrent de loin sans sapprocher.

Ainsi sont les «grandsparents» et les «mères» dans les rêves qui séveillent.

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News 24 Justall
— Non. Nous avons décidé qu’il valait mieux ne pas amener votre femme et votre enfant dans cet appartement. Nous ne pourrons plus supporter les désagréments longtemps et, en conséquence, nous vous demanderons de partir. — Et votre femme racontera à tout le monde que nous vous avons expulsés, vous et votre petit, dans la rue.