– Mademoiselle, qui cherchez‑vous ? – demandai‑je. – Je recherche ma mère, l’avez‑vous vue ? – La petite fille, d’environ six ans, me fixa intensément.

«Petite, tu cherches qui?» je lui ai demandé, un sourire hésitant.
«Je cherche ma maman, vous lavez vue?» la fillette dà peine six ans ma fixé du regard, les yeux grands comme des soucoupes.

Je suis rentrée dans le décor un peu perdue. Javais emménagé dans cet immeuble du 12ᵉ arrondissement il y a quelques semaines à peine, et à ce que je savais, lappartement devant le mien était resté vide depuis longtemps.

«Mais il ny a plus rien dhabité ici,» lui aije répondu.

Elle a éclaté en sanglots et sest affalée sur les marches.

«Tante, on a vraiment besoin dune maman! Elle seul peut tout changer, papa est si» balbutia-telle.

Je me suis sentie complètement désemparée. Je nai jamais eu denfants, alors je ne savais pas du tout comment my prendre: la prendre dans les bras, linviter à boire un thé Mais une inconnue, elle ne viendrait pas volontiers chez «tante» quelle ne connaît pas. Au même moment, mon portable a sonné. Jai demandé à la petite de ne pas partir et je suis partie répondre. Quand je suis revenue, elle était déjà partie, le visage blême.

Toute la soirée, elle na pas quitté mon imagination. Jai fini par appeler ma voisine du palier pour savoir qui étaient mes «voisins de lescalier».

«Ça fait plusieurs années quon ny a plus personne,» ma répondu Madame Léa Martin, la directrice de notre immeuble, «et pourquoi tu me demandes ça?»

«Aujourdhui, une fillette est venue chercher sa maman»

Madame Léa a baissé la voix, comme si elle se souvenait de quelque chose de douloureux.

«Cest sûrement la petite de Camille elle a disparu il y a longtemps. Son mari est resté avec le bébé dans les bras, ils nont jamais pu sinstaller ici et ont déménagé. Depuis, le petit trou de lappartement attire les enfants perdus»

«Si elle revient, emmènela chez elle,» matelle ajouté, me dictant ladresse.

Les semaines ont passé, entre le boulot, les allersretours tardifs et les matins pressés. Mais, la veille de Noël, jai de nouveau entendu ce petit tapotement à la porte, suivi de sanglots. Jai foncé ouvrir: la même petite fille aux yeux grisbleus était là, le visage trempé.

«Questce qui tarrive? Où est ton papa?»

«Il est à la maison, mais je cherche ma maman,» atelle murmuré.

Je me suis rappelée que javais noté ladresse quelque part, alors jai couru la chercher, tout en demandant à la fillette dattendre un instant. Elle sest installée sur un pouf du couloir, le regard perdu.

Quand jai enfin trouvé le petit papier avec ladresse, elle sétait déjà endormie, recroquevillée comme un toutou. Je lai doucement déposée sur le canapé du salon, puis jai rappelé Madame Léa.

«Madame Martin, excusez le dérangement, je vous raconte la petite qui vient frapper à lappartement vide en face?»

«Cest elle, ma petite, je voulais la ramener chez elle mais elle sest endormie pendant que je cherchais ladresse. Jai peur que le père parte à sa recherche»

«Je suis à côté, jy vais tout de suite, restez en ligne,» matelle.

Jai raccroché, le cœur un peu serré, et jai caressé la chevelure rebelle de Mélusine, la petite, en lui redonnant un petit nœud bien droit.

Je rêvais depuis toujours davoir des enfants, mais le destin en avait décidé autrement. Avec mon mari, on était tellement complices, on parlait déjà de la future famille. Jai dabord été remplie despoir, puis jai perdu mon premier bébé. Le stress au travail, les contrôles médicaux, les nuits blanches Tout sest accumulé.

Quand on a découvert quon attendait à nouveau, jai démissionné, mais la vie en a encore décidé autrement: jai de nouveau perdu le bébé très tôt. Et, malgré tous nos efforts, je ne suis jamais devenue mère.

Mon mari est parti peu après, a refait sa vie avec une petite fille, et je lai effacé de mon quotidien, ainsi que tous les amis communs.

Depuis sept ans, je vis seule dans des locations, me débrouillant comme je peux.

Ce matin, le même petit bruit à la porte a de nouveau rompu le silence. Jai sauté pour ouvrir et je nen croyais pas mes yeux: cétait mon exmari, Yann Leblanc, debout sur le seuil.

«Yann?Comment tu fais là?»

«Je suis venu chercher ma fille cest le 5, rue des Lilas, non?»

«Exactement. Cest elle?Viens, elle dort, je te montre la cuisine, je mets la bouilloire.»

Je naurais jamais imaginé revoir ce visage à ma porte, mais la vie nous réserve parfois des surprises inattendues.

«On ne va pas vous déranger?Je peux réveiller Anaïs et la ramener chez elle.»

«Laissela dormir, questce qui sest passé?Elle frappe souvent à la porte den face.»

Yann a frotté ses yeux, épuisé, puis a commencé à raconter :

«Il y a quelques années, on vivait dans cet appartement avec Camille. Cest lhéritage de son grandpère. Après le mariage, on a emménagé ici. Tout était beau, jétais au septième ciel.»

«Je me souviens, le temps était compté, je lai emmenée à lhôpital. Elle était en pleurs, elle devait»

«Elle ma pris la main et ma demandé de veiller sur la petite si jamais il marrivait quelque chose. Les complications sont arrivées, on na pas pu la sauver.»

«Je suis désolée, vraiment,» aije caressé lépaule de Yann, voyant les larmes couler de nouveau, comme sil avait gardé toute cette douleur enfermé en lui.

Un petit bruit de pas denfant sest fait entendre dans la salle.

«Papa?»

Yann a sauté, a enlacé sa fille, la pressant contre lui.

«Anaïs, je tai cherché partout pourquoi tes partie sans dire?»

«Je veux juste retrouver ma maman.»

«On la trouvera, promis, mais dabord on rentre chez nous.»

«Merci, Iris, prends mon numéro,» Yann ma tendu sa carte de visite. «Appelle si Anaïs revient, on habite tout près, elle connaît déjà le chemin.»

«Comment elle a découvert ladresse?»

«Je le lui ai montré, elle a vu des photos de sa mère sur les murs et depuis elle rêve de la revoir. Je lui ai dit que Camille était partie, mais quelle reviendrait un jour.»

Ils sont partis, et quelques jours plus tard, Yann ma rappelée. On a recommencé à se parler, à se retrouver le weekend dans un parc, à lombre dun tilleul, à prendre un café ou à aller au cinéma. Anaïs sest attachée à moi, mappelant parfois «Maman».

«Iris,» ma dit Yann un soir, «viens vivre avec nous, fini les locations, Anaïs te manque, elle te demande souvent.»

«Et toi?»

«Moi» Il a baissé les yeux, a pris mes mains dans les siennes, «Je tai manquée. Pardonnemoi tout.»

Depuis, on vit tous les trois ensemble. On élève notre petite fille, Giselle, qui a maintenant six ans. Chaque jour, je remercie le hasard de mavoir offert ce bonheur inestimable: être femme, épouse et maman.

Et même si Giselle nest pas la fille que jespérais autrefois, elle reçoit toute mon amour maternel, sans aucune mesure.

Je te raconte tout ça comme à une amie, parce que parfois les histoires les plus folles se cachent derrière les portes de nos immeubles. À bientôt, prends soin de toi, et que la vie te sourie!

Rate article
News 24 Justall
– Mademoiselle, qui cherchez‑vous ? – demandai‑je. – Je recherche ma mère, l’avez‑vous vue ? – La petite fille, d’environ six ans, me fixa intensément.