Le GadgetLe gadget, éclatant de lumière, révéla soudainement une carte mystérieuse menant à un trésor oublié au cœur des ruines de la vieille cité.

Alors, écoute, jai une petite histoire de famille qui tourne en bourrique, comme on dit chez nous, et je voulais bien la partager. Ça commence avec la grande fille, Solène: à force de se plaindre du caractère de chaque prétendant et de leurs exigences, elle na jamais sauté le pas. À trente ans, elle est devenue une vraie antimariée, un petit monstre bouffant son amertume, le cauchemar du mari idéal.

«Cest la poulette», a lancé Solène, comme si elle venait de signer un contrat. Sa petite sœur, Félicité, la rondelette un peu ronde, a souri en coin, tandis que leur mère, Marguerite, est restée muette, le regard sombre. Cétait clair : la bellefille ne faisait pas son bonheur non plus. Mais que pouvaiton espérer? Le seul fils, Antoine, le pilier de la maisonnée, était parti faire son service militaire et était revenu avec une épouse. Et cette soidisant «femme» navait ni parents, ni argent, rien du tout. On ne savait même pas si elle venait dun orphelinat ou dune famille de parents qui la laissaient voguer. Antoine, toujours prêt à plaisanter, lui disait de ne pas sinquiéter, «On bâtira notre richesse à notre façon». Mais Marguerite se demandait bien qui il avait introduit dans la maison? Une voleuse? Une escroc? On ne sait plus qui se cache derrière ce visage.

Depuis que la nouvelle bellefille, quon appelait déjà «la poulette», est arrivée, Véronique qui était la bonne de la famille depuis toujours na plus fermé lœil. Elle somnolait à moitié, guettant le moindre coup de théâtre de la nouvelle venue, surtout quand celleci commencerait à fouiller dans les placards. Et les sœurs, même, la poussaient à cacher les objets de valeur, les manteaux, les bijoux Au pire, un matin on se réveillerait et le fric aurait disparu!

Antoine, pendant ce temps, ne cessait de se demander qui il avait vraiment amené chez nous. Où étaient passées ses yeux? Il navait plus rien à voir avec la peau ou le visage de la maison.

Il ny avait plus quà survivre, alors on a fini par accepter la poulette à sa place. La maison était grande, le jardin trente ares, trois porcelets gambadaient dans le pré et les oiseaux étaient partout. Le travail était énorme, on ne pouvait pas sen sortir sans se casser les reins, mais la poulette ne se plaignait jamais. Elle cuisinait, nettoyait, gardait les porcelets, faisait tout pour plaire à la bellemaman. Mais si le cœur de Marguerite nétait pas en paix, même lor du monde ne pouvait rien changer.

Le premier jour, la poulette, à bout de nerfs, a lancé:

«Appellemoi par mon prénom, Marguerite. Ça ira mieux. Jai déjà mes propres filles, et tu ne seras jamais la même que les miennes.»

Depuis, elle a exigé quon lappelle Véronique Nikititch, et Marguerite na plus jamais osé lappeler «bellefille». Elle se contentait de dire: «Il faut faire quelque chose», et cétait tout. On ne se laissait plus aller à la gourmandise, et on tenait les sœurs à distance. Chaque petite remarque se transformait en reproche. Marguerite devait parfois retenir ses filles qui se lançaient dans des disputes, non par pitié pour la poulette, mais parce que la maison devait rester ordonnée, sans drames. Et la poulette, elle, ne faisait jamais la feignasse. Elle sen donnait à cœur joie, et peu à peu, même Marguerite commençait à sy habituer.

Peutêtre que tout aurait pu sarranger si Antoine navait pas dérapé. Quel homme pourrait supporter dentendre toute la journée deux voix qui le harcèlent? Et puis Solène a fini par le mettre en contact avec une petite amie, et là, le bazar sest installé. Les sœurs ont célébré comme si la poulette allait enfin se taire. Marguerite restait dans le silence, la poulette faisait semblant de rien, les yeux tout rouges. Et puis, dun coup, comme un éclair, deux nouvelles sont tombées: la poulette attendait un bébé, et Antoine allait divorcer delle.

«Pas possible», a rétorqué Marguerite à Antoine. «Je ne tai jamais présenté comme épouse.». Mais Antoine, déjà marié, sest résigné: «Bon, vivons.» Et Marguerite a menacé: «Si tu mets la pagaille, je te jette dehors, et tu ne reverras plus jamais ta fille». Elle a même ajouté: «Et la petitefille, elle restera ici.»

Cest la première fois que Marguerite a réellement appelé la poulette par son prénom. Les sœurs sont restées muettes. Antoine a explosé: «Je suis un homme, je décide!» Mais Marguerite, les bras croisés, a éclaté de rire: «Quel homme? Tu nes quun pantalon. Quand tu auras un enfant, que tu lélèveras, que tu le rendras bon, alors on pourra parler dhomme!»

Antoine na jamais eu la langue dans sa poche. Mais il a fini par partir, laissant la petitefille, maintenant nommée Camille, et le temps a passé. Elle a donné naissance à une petite fille, quelle a appelée Violette. Quand Marguerite a appris la nouvelle, elle na rien dit, mais on voyait bien quelle était ravie.

Dehors, rien na changé, sauf quAntoine a perdu le chemin du retour. Il sest vexé. Marguerite, bien que cachant son chagrin, a pourtant pris la petitefille sous son aile, lui achetant des bonbons, des cadeaux, la dorlotant. En revanche, elle na jamais pardonné à Camille davoir volé son fils.

Dix ans plus tard, les sœurs se sont mariées, et la grande maison nabritait plus que trois personnes: Marguerite, Camille et Violette. Antoine sest enrôlé et a émigré vers le Nord avec sa nouvelle femme. Camille, elle, a trouvé un retraité militaire, un monsieur sérieux plus âgé, veuf, qui lui a laissé son appartement tout en vivant dans une résidence senior. Il percevait une pension, était un futur mari respectable. Camille laimait bien, mais où auraitelle pu le présenter? Chez la bellemère!

Elle lui a tout expliqué, sest excusée et a tenté de se rattraper. Le vieux militaire, pas bête, est allé rendre visite à Marguerite, et a déclaré: «Véronique, je taime, je ne peux vivre sans Camille.» Marguerite, impassible, a simplement répondu: «Très bien, mariezvous et vivez ensemble.» Puis, en ajoutant: «Je ne laisserai pas Violette errer dans les couloirs. Ici, cest chez moi.»

Ils ont donc tous emménagé sous le même toit. Les voisins ne cessaient de parler, chuchotant que la vieille Véronique avait chassé son propre fils, tandis que la poulette était entrée comme une intruse. On disait que la vieille était trop lente à pardonner, mais elle ne se souciait guère des ragots, ne parlait plus aux voisines, restait fière et distante. Camille a donné naissance à Katia, et Marguerite na jamais pu se réjouir de ses petitesfilles. «Quelle petitefille?», pensaitelle, «pas vraiment la mienne».

Puis, le drame est survenu. Camille est tombée gravement malade. Son mari a cédé, a même commencé à boire. Marguerite, sans un mot, a vidé toutes les économies du livret A et a emmené Camille à Paris pour les meilleurs soins. Elle a acheté toutes les pilules et consulté les meilleurs médecins, mais rien na marché.

Un matin, Camille sest sentie un peu mieux, a demandé un bouillon de poulet. Marguerite, ravie, a abattu un poulet, la épluché, la préparé. Quand elle a apporté le bol, Camille na pas pu le manger et, pour la première fois, a éclaté en sanglots. Marguerite, qui navait jamais pleuré devant qui que ce soit, sest mise à pleurer avec elle :

«Pourquoi, ma petite, tu téloignes alors que je taime?»

Puis elle sest calmée, a essuyé ses larmes et a dit: «Ne tinquiète pas pour les enfants, ils ne disparaîtront pas.» Elle na plus pleuré depuis, restant à côté de Camille, tenant sa main, la caressant doucement, comme pour demander pardon.

Encore dix ans ont passé. Violette sest mariée. Solène et Félicité, vieilles maintenant, sont revenues, les rides marquées, sans enfants. Toute la parenté sest rassemblée. Antoine, qui sétait séparé de sa femme, était revenu, un verre à la main, à la recherche dune bonne raison de fêter. En voyant Violette, il a souri, fier de sa «fille» adoptée. Mais lorsquon lui a rappelé que la fille appelait son père «papa», il sest fâché, accusant Marguerite de lavoir introduite dans la maison, de la culpabiliser.

Marguerite a répliqué: «Non, mon fils. Tu nes pas un père. Tu as toujours porté le même pantalon. Quand tu auras un vrai enfant, que tu lélèveras bien, alors on pourra parler de père.»

Antoine na pas pu supporter linsulte, a rassemblé ses affaires et sest de nouveau enfui. Violette sest mariée, a eu un garçon quelle a nommé Alexandre, en honneur au père adoptif. Lannée dernière, ils ont enterré la vieille Violette à côté de Camille.

Voilà, ils reposent tous côte à côte: la bellefille et la bellemère, avec au milieu un petit bouleau qui a poussé au printemps, sans que personne sache doù il vient. Peutêtre un dernier adieu de Camille, ou le dernier «pardon» de Marguerite.

Voilà, mon ami, cest toute lhistoire. Jespère que ça ta fait rire un peu, même si cest un sacré drame familial à la française. À bientôt!

Rate article
News 24 Justall
Le GadgetLe gadget, éclatant de lumière, révéla soudainement une carte mystérieuse menant à un trésor oublié au cœur des ruines de la vieille cité.