Maman, jarrive tout de suite, pas plus de vingt minutes, Guillaume se tient dans le seuil de la chambre, essayant desquisser un sourire, mais ses lèvres tremblent.
Pas longtemps, Maëlys repose son corps de côté, agrippée à la couette, le médecin a dit quon mettrait le perfusé ce soir.
Il hoche la tête, jette sa veste sur lépaule et sort. Dehors, le temps est humide et venteux. Octobre à Lille ne fait jamais de cadeaux aux passants: pluie battante, vent qui siffle, flaques qui semblent refléter lessence même de lautomne français un ciel bas, des gens taciturnes, tout attend la fin.
Guillaume marche vers larrêt de bus, sentant quil na pas le temps. Pas le temps dattendre le bus, mais le temps de la vie qui défile sous ses pieds. Trois semaines plus tôt, les médecins avaient annoncé que la maladie de sa mère était à son stade terminal. Alors il na pas pleuré. Il sest simplement assis sur le banc du cimetière municipal pourquoi ce lieu, il ne le sait pas et y est resté jusquà la tombée de la nuit.
Alors, tu comptes partir? lance le voisin de chambre, un vieil homme au cou fin et aux yeux empreints dune attente éternelle.
Jattends mon fils, répond Maëlys avec un sourire pâle, il a promis de venir ce soir.
Il vient souvent?
Tous les jours. Mais je me demande estce que je le retiens trop? Il a sa propre vie, après tout.
Lancien tousse légèrement et murmure:
Ce nest pas toi qui le retiens, cest lui qui ne veut pas partir. Tant quil ne le fera pas, toi non plus tu ne partiras pas.
Maëlys se tourne vers la fenêtre. Derrière le verre, la pluie continue de tomber. Étrange, puisquautrefois elle aimait londée. Dans sa jeunesse, la pluie était romantique: sasseoir dans la cuisine avec un thé fumant et écouter les gouttes taper le rebord de la fenêtre. Aujourdhui, elle ne fait que masquer la vue.
Guillaume sengage dans le vieux parc où, enfant, il glissait sur des luges avec sa mère. Près du troisième bouleau depuis lentrée, elle lui avait un jour confié:
Tu sais, mon fils, peu importe ce que tu feras. Limportant, cest que quelquun sourie après toi. Même une seule personne.
Il navait pas compris alors. Maintenant, il saisit la leçon avec une clarté douloureuse.
Son téléphone vibre: « Maman: Ne te presse pas, je vais bien ». Il esquisse un sourire mécanique depuis peu, elle termine souvent ses messages par « ne te presse pas », sûrement pour le calmer.
Le silence sinstalle dans la chambre. Le vieil homme sest endormi, linfirmière a quitté la pièce. Maëlys reste allongée, le regard fixé au plafond, quand soudain elle entend de la musique. Au loin, comme dans le couloir, une vieille chanson des années 70 sélève, « Pluie dautomne ». Elle sourit. « Mon Dieu, même ici » se ditelle en fermant les yeux.
Alors, une présence sinstalle à côté delle, douce comme le souffle du vent.
Naie pas peur, dit une voix, tout est déjà accompli.
Elle ne rouvre pas les yeux, se contente de pousser un léger soupir et de murmurer:
Jespère seulement quil ne pleurera pas.
Guillaume revient quarante minutes plus tard. Les médecins ont déjà quitté la chambre, linfirmière se tient à la porte, les yeux rougis. Il comprend sans un mot.
Je peux? demande-t-il doucement.
Oui, acquiesce linfirmière, mais seulement un instant.
Il sassoit près du lit. Sa mère repose paisiblement, comme si un léger sourire leffleurait. Sur la table de chevet, le téléphone clignote: un message non envoyé:
« Guillaume, nattends pas un miracle. Deviensen le miracle ».
Il regarde lécran jusquà en ressentir une douleur sourde. Puis il remarque, sur la vitre où la pluie traîne des sillons fins, la forme dun petit cœur, comme tracé du bout des doigts depuis lintérieur. Un sourire se dessine enfin sur ses lèvres le premier depuis de nombreux jours.
Un an sécoule.
Guillaume se tient à lentrée du service de pédiatrie oncologique, une thermos de café à la main et un panier de fruits sous le bras.
Vous êtes bénévole? lui demande la gardecôte.
Oui, répondil en souriant, je veux juste voir quelquun sourire.
Et alors, dans le couloir, un petit garçon à la tête rasée surgit en criant: « Papa, regarde, je guéris!». Guillaume réalise que les miracles existent bel et bien.
Parfois, ils viennent simplement à travers nous.







