Jai passé la moitié de ma vie à vivre seul. Non, jétais marié, mais ma femme ma quitté un an après le mariage. Cest alors que je venais daccueillir notre petite fille. Au final, Pierre ma laissé, avec ma fille, un appartement de trois pièces à Paris. Au moins, il a agi avec conscience. Je navais aucune intention de me remarier. Et moi non plus, je nétais pas fait pour cela. Ma fille, Capucine, grandissait. Il fallait la mettre sur le droit chemin. En somme, les soucis sempilaient à nen plus finir.
Je sais que je me donnais à fond, mais Capucine manquait toujours du soutien dun parent. Ce poids que je ne pouvais plus porter à ses côtés. Avec le temps, elle a commencé à sattacher excessivement à tous les garçons avec qui elle sortait ou se liait. Tout le monde naimait pas cette intrusion. Je me suis souvent retrouvé à calmer ma fille et à panser son cœur brisé. Mais Dieu est bon, et un jour Capucine a rencontré son futur mari.
David était travailleur, aimable et respectueux. Je navais quune seule exigence: que Capucine lépouse. Il me respectait, moi et ma fille. Que demander de plus? Je le considérais comme le gendre idéal. Mais la réalité nest jamais un conte de fées. Six mois après le mariage, David a profondément changé.
Pendant ce temps, je moccupais de ma propre mère, encore vivante. Elle mavait donné la vie tôt, tout comme moi jai donné naissance à Capucine, alors elle a pu voir sa petitepetite. Mais alors, la santé de ma mère a commencé à décliner. La fatigue la mise à genoux, au point que je devais la prendre chez moi et veiller constamment sur elle. Il ny avait nulle part où lenvoyer, alors elle a emménagé avec moi. Cette idée na pas du tout plu à mon gendre.
Je ne sais pas ce qui la tant irrité. Je ne lai jamais forcé à soccuper delle. Au contraire, toutes les responsabilités tombaient sur mes épaules. Ma mère nétait pas non plus une lourde à gérer, elle était raisonnable. Je ne comprends toujours pas ce qui a dérangé David.
Les choses nont fait quempirer. Capucine sest rangée du côté de David. Tous deux mévitaient. Autrefois, nous partagions les repas autour de la même table, aujourdhui, ils se réfugient dans leur chambre. Jai tenté de parler à ma fille, en vain. Elle se tait et ne trouve que des excuses.
Ils ne me rassuraient pas, ni leurs petitsenfants. Ils prétendaient vivre pour eux-mêmes tant quils nétaient pas pressés. Jai dabord insisté, puis jai laissé tomber. Ce sont leurs affaires, ils finiront par se débrouiller. Pourtant, David a commencé à me mettre la pression, comme on le dit. Chez moi, il se comportait comme le maître du logis, sans jamais lever le petit doigt pour réparer ou acheter quoi que ce soit pour lappartement. Au lieu de ça, il disparaît souvent dans les clubs avec ses amis. Je ne comprends pas où est passé ce gendre merveilleux que jai dabord connu.
Il a fini par révéler sa vraie nature.
Chaque semaine, il devenait plus insupportable. Puis, Noël est arrivé et David a refusé de le fêter avec nous, en famille. Il a emmené Capucine dans leur chambre et ils ont célébré séparément, moi et ma mère. À minuit, ma fille est passée pour nous souhaiter, mais son mari na même pas daigné lever le nez.
Le lendemain, il ma déclaré: «Nous allons vendre la maison de votre mère et acheter un appartement à part.» Je nai même pas su comment réagir. Mais ils vivaient déjà chez moi depuis six mois, à mes frais! «Non, je ne pense pas que ce soit juste. Trouvez un logement à vous même. Cest la maison de ma mère, on nen vendra pas. Cest sa propriété, elle sen occupera ellemême,» aije répliqué, outré.
David a été tout aussi choqué. Le même jour, il a empaqueté ses affaires, a pris ma fille et est parti chez ses parents.
Cest triste que ma fille nait même pas protesté, mais cest sa vie. Si elle croit que cest mieux ainsi, quelle vive avec David.
Aije bien agi? Que feriezvous à ma place?
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